Côté, Jean-Philippe
(2026).
« Le réemploi de matérialités technorésiduelles en art interactif : gestes, pratiques et éthiques » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études et pratiques des arts.
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Résumé
Cette thèse-création s’intéresse à un champ peu documenté de la création artistique contemporaine : l’utilisation d’artéfacts technologiques obsolètes comme matière première en arts interactifs. Elle adopte une approche de recherche-création pour révéler les gestes, pratiques et éthiques à l’oeuvre dans la pratique singulière de l’artiste. S’appuyant sur une pratique réflexive située et sur la méthodologie des cycles heuristiques, elle cherche à révéler des savoirs souvent tacites ou implicites. L’utilisation du matériau technorésiduel – défini comme un artéfact technologique persistant au-delà de son seuil d’obsolescence – constitue un geste implicitement politique en ce qu’il défie un modèle économique et culturel privilégiant la rupture entre le neuf et l’ancien. Ce modèle, qui favorise une invisibilisation des impacts environnementaux de l’utilisation des technologies, s’appuie sur une fétichisation de la nouveauté et un rapport technosolutionniste au monde. La thèse s'articule autour de trois questions de recherche concentriques, appliquées à la pratique artistique de l’auteur: • Quels gestes sont mobilisés et agissants lors de la création d’oeuvres d’art interactives utilisant des technologies résiduelles ? • Quelles pratiques se montrent fertiles dans une poétisation d’objets technologiques résiduels ? • Quelles postures éthiques permettent de donner un sens à une pratique de l’art interactif technorésiduel ? La méthodologie de création, nommée « errance matérielle », propose une synthèse originale de la façon dont un artiste peut déployer son processus créatif. Contrairement aux modèles linéaires ou itératifs de la créativité, cette approche est sinueuse, erratique et rhizomatique. Elle embrasse la sérendipité, la contingence, l’erreur et le bricolage. L'errance matérielle donne une place centrale au rôle de la matérialité, critiquant au passage les nombreux modèles logocentriques de la créativité qui la relèguent au second plan. L’analyse de la pratique met en lumière plusieurs gestes récurrents. Le déboîtage, par exemple, consiste à ouvrir et expliciter les mécanismes des « boîtes noires » technologiques pour en désamorcer les biais et y inscrire de nouvelles significations. La nostalgisation mobilise la nostalgie, non pas pour restaurer un passé perdu, mais pour ouvrir un dialogue critique avec ce qui n'est plus, ou ce qui persiste autrement, afin d'inventer de nouveaux futurs aux objets. Le délestage et la pérennisation du provisoire témoignent du soin accordé au choix des matériaux. Les gestes de cueillette et d’offrande qualifient les modalités d’acquisition et d’intégration des objets obsolètes dans le processus créatif. Au niveau des pratiques, cette thèse identifie des trajectoires récurrentes dans la façon dont les oeuvres sont créées. Le bricolage est une de ces pratiques qui, contrairement à l’ingénierie, réunit de façon concomitante la création et la fabrication dans un processus non scripté. La persistance, un facteur central de la méthodologie de l'errance, consiste à continuer sans connaître la destination, jusqu'à ce que celle-ci émerge d'elle-même. L’utilisation de la sérendipité comme mode opératoire est aussi élevée au rang de pratique. Sa fertilité découle de la capacité de l'artiste à saisir les découvertes fortuites, non par simple hasard, mais par sagacité, attention et ouverture à l'inattendu. Le miroitement est une autre pratique identifiée. Celle-ci qualifie la manière dont l'artiste met en relation l'oeuvre et l'interacteur, en incluant la réflexion, la réfraction et le scintillement. Elle vise à réfléchir, déformer et étonner l'interacteur, afin d’en assurer l’engagement. Au niveau éthique, la thèse propose d’utiliser une éthique de l’attention pour cadrer notre relation aux mondes artificiel et naturel. Contrairement aux modes opératoires productivistes, une utilisation judicieuse du concept d’attention permet la valorisation d’actes de soin comme l’entretien, la réparation et la réinvention. Ainsi, la thèse défend une posture éthique qui invite à une relation plus consciente, affective et critique avec la technologie et ses résidus. En somme, cette thèse-création contribue à documenter et expliciter les savoirs tacites d’une pratique artistique singulière qui, par le réemploi de technologies obsolètes, se positionne comme un geste politique face aux dynamiques de l'innovation et de l'obsolescence. Elle propose une nouvelle compréhension des gestes, pratiques et postures éthiques qui animent la réinvention des matérialités technorésiduelles, enrichissant ainsi le vocabulaire de la recherche-création dans les arts technologiques et interactifs.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : réemploi, résidu technologique, art interactif, errance matérielle, éthique de l’attention
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu en format PDF. |
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Directeur de thèse: |
Paquin, Louis-Claude |
| Mots-clés ou Sujets: |
Art interactif / Technologie dans l'art / Appareils électroniques hors d'usage dans l'art / Récupération dans l'art / Mémoires et thèses de création |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des arts > Département d'études et pratique des arts |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
18 juin 2026 14:01 |
| Dernière modification: |
18 juin 2026 14:01 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20130 |