Lemire, Morange C.
(2026).
« Performer le (non-)genre : les intrications de la grossophobie et de la non-binarité » Mémoire.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en science politique.
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Résumé
Ce mémoire vise à explorer les normes qui accompagnent l’émergence de la non-binarité dans l’espace public, ainsi que les héritages coloniaux de la grossophobie et de la binarité de genre qui sont intriqués dans la cristallisation de cette (trans)identité. En effet, bien qu’un nombre croissant de textes abordent l’intersection de la grossophobie et du genre, il s’agit principalement d’analyses qui s’appuient sur les perspectives de personnes cisgenres — soit de personnes qui s’identifient à leur genre assigné. Ce mémoire vise à combler le vide théorique persistant sur l’intersection trans non-binaire et fat, en s’attardant plus précisément aux sujets non-binaires dont le corps est lu, perçu et mégenré comme femme. Ce travail mobilise une conception butlérienne du genre où le genre est performatif, soit qu’il se doit d’être performé par le biais de pratiques sociales et corporelles pour être maintenu. Dans ce même ordre d’idée, l’émergence de la non-binarité sur la scène sociopolitique publique à titre de « nouvelle » identité de genre s’accompagne aussi d’une performativité. Ce mémoire soutient que la performativité de la non-binarité s’articule autour de l’androgynie et de la neutralité de genre, où se manifeste l’héritage colonial du sujet « neutre » qui associe l’« agenre » et l’« androgyne » à un sujet mince et blanc. Ces dynamiques, alimentées par la récupération néolibérale des identités transgressives, réitèrent par le fait même les racines coloniales et grossophobes du genre que cette (trans)identité cherche pourtant à fuir. Ces questions mobilisent un corpus relevant de la littérature des Fat Studies, de la littérature décoloniale, ainsi que des théories queer et féministes. Ce travail use d’une approche multidisciplinaire, combinant les apports théoriques de l’histoire, de la philosophie et de la sociologie à ceux de la science politique. La recherche se décline en quatre chapitres, contextualisant d’abord la grossophobie, puis historicisant l’édification des genres binaires sur des postulats coloniaux et grossophobes. Les troisième et quatrième chapitres s’attardent ensuite à la fixation de l’identité non-binaire, ainsi qu’aux tensions entre l’acceptation corporelle promue par les activismes fat et la malléabilité des corps promue par les activismes trans. Ce projet, finalement, met en lumière la perméabilité des mouvements sociaux aux normes qu’ils critiquent, ainsi que les écueils du queer dans sa mobilisation de la corporalité comme stratégie de résistance. Il se conclut sur de nouveaux possibles, interrogeant le potentiel non normatif du gras comme agent queer du genre.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Non-binarité, Grossophobie, Sujet, Performativité, Fat Studies, Transidentité, Queer, Lesbianisme, Genre, Corps, Colonialité, Fat/trans, Androgynie, Non-genre, Transnormativité, Minceur, Troubles alimentaires,
Néolibéralisme, Masculinité, Féminité, Femphobie