Canivet, Cloé
(2026).
« Au-delà des ténèbres : vers une compréhension multidimensionnelle des fantasmes sexuels chez les survivant.e.s d'abus sexuels » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sexologie.
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Résumé
Les fantasmes sexuels des survivant·e·s d’agression sexuelle (AS) ont historiquement été abordés sous l’angle du contenu, les thématiques violentes ou sadomasochistes étant interprétées comme des manifestations pathologiques à la suite d’un trauma sexuel en enfance (Stoller, 1987 ; Stolorow, 1975). Or, la documentation empirique plus récente suggère que le contenu des fantasmes sexuels ne constitue pas un indicateur fiable de détresse ou de dysfonctionnement psychosexuel (Gewirtz-Meydan et Opuda, 2023 ; Joyal et al., 2015a, 2015b), remettant en question la pertinence des approches empiriques unidimensionnelles centrées uniquement sur les thématiques des fantasmes. Effectivement, les études récentes sur les personnes ayant vécu des ASE proposent de se concentrer moins sur le contenu fantasmatique et davantage sur l’expérience émotionnelle (p.ex., positive ou honte, culpabilité) qui accompagne leurs fantasmes (voir Gewirtz-Meydan et Opuda, 2023 pour une recension). Cette thèse propose un déplacement épistémologique : du quoi est imaginé vers le comment cette imagination est vécue. Elle poursuit trois objectifs complémentaires, opérationnalisés à travers trois articles. Le premier article offre une revue narrative de la littérature et présente le Sexual Fantasy Experience Model (SFEM), un modèle multidimensionnel articulant cinq dimensions interdépendantes de l’expérience fantasmatique : le contenu, les caractéristiques structurelles (p.ex., fréquence, origine), l’expérience subjective (p.ex., émotions, caractère intrusif), les caractéristiques individuelles et l’histoire personnelle (dont les antécédents de traumas sexuels) et le contexte socioculturel (p.ex., normes, stigmatisation). Ce modèle postule que la signification et l’impact d’un fantasme sont optimalement compris à travers l’interaction de ces dimensions. Le second article, une étude qualitative exploratoire, examine les contenus fantasmatiques rapportés par des survivant·e·s d’AS comparativement à des non-victimes. Les résultats révèlent une diversité de fantasmes avec neuf thématiques (c.-à-d. romantique, domination et sadisme, soumission et masochisme, violent et illégal, kinks variés, interactions génitales et orales, sexe en groupe, recevoir des soins et validation de performance sexuelle), présentées tant par les survivant·e·s d’AS que les non-victimes. Ainsi qu’une dixième (versatilité) rapportée seulement par les survivant·e·s d’AS. Cet article relève peu de différences de contenus fantasmatiques entre les survivant·e·s et les non-victimes. Considérant que la documentation scientifique suggère que les survivant·e·s d’AS rapportent davantage de détresse envers leurs fantasmes (voir Gewirtz-Meydan & Opuda, 2023 pour une recension), mais qu’il semble y avoir peu de différences significatives quant aux contenus présents chez les survivant·e·s et non-victimes, il semble donc nécessaire d’explorer d’autres dimensions de l’expérience fantasmatique. Le troisième article présente une étude quantitative de profils latents visant à examiner les profils d’expériences fantasmatiques (c.-à-d. contenus, honte, et détresse psychosexuelle associée) auprès d’un échantillon de la population québécoise adulte. Dans ce modèle le contenu et la honte face aux fantasmes font office de variable indicatrice, les expériences d’AS de co-variables et l’anxiété sexuelle ainsi que la détresse psychologique sont examinées en variables externes (outcomes). Trois profils d’expérience fantasmatique sont identifiés : Fantasy-Lite, caractérisé par peu de fantasmes et une faible honte ; Submission-linked Shame, marqué par de nombreux fantasmes de soumission ou de victimisation et une honte élevée ; et Perpetration-linked Shame, défini par des fantasmes dominants ou perpétratoires avec une honte marquée. Les femmes et les personnes non hétérosexuelles se retrouvent plus souvent dans Submission-linked Shame, tandis que les hommes prédominent dans Perpetration-linked Shame. Les survivant·es d’agression sexuelle en enfance (ASE) sont majoritairement dans Perpetration-linked Shame, alors que les survivant·es d’agression sexuelle à l’âge adulte (ASA) s’inscrivent davantage dans Submission-linked Shame. Ces deux profils présentent des niveaux accrus de détresse psychologique et d’érotophobie par rapport à Fantasy-Lite. Les résultats démontrent que c’est la honte envers les fantasmes, plutôt que leur contenu, qui distingue les profils associés à des niveaux élevés d’érotophobie et de détresse psychologique. Sur le plan théorique, cette thèse contribue à dépathologiser les contenus fantasmatiques atypiques et à reconnaître que des thématiques identiques peuvent donner lieu à des expériences fantasmatiques radicalement différentes selon la présence d’émotions telle que la honte, ou d’expériences traumatiques telle que l’AS. Sur le plan clinique, elle invite les intervenant·e·s à adopter des approches fondées sur l’acceptation et le non-jugement des fantasmes.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : fantasmes sexuels, fantasmatique, violence sexuelle, agression sexuelle
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu en format PDF. |
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Directeur de thèse: |
Godbout, Natacha |
| Mots-clés ou Sujets: |
Fantasmes sexuels / Enfants victimes d'agressions sexuelles devenus adultes / Violence sexuelle |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des sciences humaines > Département de sexologie |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
02 sept. 2026 09:01 |
| Dernière modification: |
02 sept. 2026 09:01 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20274 |