Contribution du milieu scolaire au bien-être des élèves sourds : perceptions des élèves sourds et des adultes travaillant auprès d’eux

Missud, Anne (2025). « Contribution du milieu scolaire au bien-être des élèves sourds : perceptions des élèves sourds et des adultes travaillant auprès d’eux » Thèse. Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

Au Québec, deux fois moins d’élèves sourds que d’élèves entendants obtiennent leur diplôme d’études secondaires. L’échec de la scolarisation des jeunes sourds est aussi avéré ailleurs, notamment en France et aux États-Unis. Or, l’employabilité et la participation sociale des élèves sourds dépendent de leur réussite éducative. Des travaux récents ont montré qu’une école qui promeut un environnement psychosocial positif soutient la persévérance et la réussite éducative des élèves entendants. On connaît les caractéristiques du milieu scolaire qui contribuent au bien-être de ces élèves. Cependant, aucune étude québécoise ne nous renseigne sur la situation vis-à-vis du bien-être des élèves sourds et rares sont les études à le faire ailleurs. Afin de combler cette lacune, notre étude vise à décrire comment le milieu scolaire québécois contribue ou peut contribuer au bien-être des élèves sourds, selon leurs perceptions et celle des adultes travaillant auprès d’eux. L’étude, de type exploratoire, utilise un devis mixte qualitatif et quantitatif. Les deux échantillons totalisent 35 personnes : 20 élèves sourds s’exprimant en LSQ (10 garçons et 10 filles) et 15 membres du personnel sourd et entendant. Afin de connaître les perceptions des élèves sourds, nous avons conduit des entrevues semi-structurées dans leur langue première : la langue des signes québécoise. Les adultes ont rempli un questionnaire écrit sur leurs perceptions. L’étude a permis de dégager des connaissances inédites sur le bien-être des élèves sourds québécois et sur la contribution du milieu scolaire à cet objectif. Les élèves sourds et entendants se ressemblent sur plusieurs aspects : ils vont bien, dans leur vie en général et à l’école; les garçons vont mieux que les filles, et la famille et les amis contribuent à leur bien-être. Trois caractéristiques sociodémographiques caractérisent les familles des élèves qui vont le mieux : une structure traditionnelle, un revenu élevé, une scolarité parentale élevée. Cela concorde avec ce qu’on observe chez les élèves entendants québécois. De plus, notre étude a montré qu’une école qui rend accessible la communication et soutient l’autonomie de ses élèves sourds contribue à leur perception de bien-être. L’étude a aussi permis de mettre au jour deux résultats étonnants. La majorité des élèves sourds disent donner du soutien, mais très peu d’élèves perçoivent en recevoir. La majorité des élèves sourds ne perçoivent pas faire partie du groupe des Sourds alors qu’à l’école ils vivent entourés de pairs et d’adultes sourds. L’étude révèle des différences entre les perceptions des élèves sourds et des adultes sur ce qui contribue au bien-être des élèves sourds à l’école. Pour les élèves sourds de l’étude, les acteurs qui contribuent à leur bien-être sont les amis, les enseignants et les professionnels. Quant aux adultes, s’ils ont évoqué les enseignants et les professionnels, ils ont omis les amis. De plus, l’étude révèle que les élèves sourds aiment apprendre à l’école en général ou dans les cours en particulier. Avec les activités sportives, c’est ce qui contribue à leur bien-être à l’école. Or, pour les adultes, c’est plutôt l’organisation scolaire qui contribue au bien-être de ces élèves. Enfin, si pour les élèves sourds, la langue des signes et la culture sourde constituent des avantages de l’école, pour les adultes, elles contribuent directement à leur bien-être. Enfin, l’étude montre que la notion de surdité chez les élèves sourds est fortement teintée par le modèle phonocentriste. En majorité, ils utilisent des caractéristiques phonocentriques pour décrire la surdité (p. ex. : ne pas entendre) et évoquent des avantages essentiellement pratiques de la surdité (p. ex. être capable de communiquer sous l’eau), ce qui ne concoure pas à forger une identité positive des jeunes sourds. L’étude fait ressortir comment l’école peut contribuer au bien-être des jeunes sourds. Cependant, elle peut aussi l’entraver, notamment en y maintenant des obstacles communicationnels. Faire tomber ces obstacles, par exemple en appliquant avec rigueur une politique de communication ou en offrant des cours de langue des signes à l’école pour les entendants, constituerait de premiers pas vers des écoles plus inclusives pour les élèves sourds. Parmi d’autres moyens qu’une école peut prendre pour améliorer le bien-être de ses élèves sourds, notons apporter un soutien spécifique aux filles, renforcer le lien famille-école-communauté et aider à consolider l’identité des jeunes sourds. D’autres recherches sont nécessaires pour développer des outils adaptés et validés pour mesurer le bien-être de la population des jeunes sourds. Grâce à ces outils, il sera possible de comparer le bien-être de groupes distincts : des jeunes sourds et des jeunes entendants. On pourra aussi comparer le bien-être des jeunes sourds fréquentant divers types de milieux scolaires (classe ordinaire ou spécialisée, école spéciale en signes ou oraliste, etc.) ou utilisant divers moyens de communication (pidgin, langue parlée complétée, translittération, interprètes, etc.). Il sera aussi possible de mesurer le bien-être des élèves selon qu’ils se trouvent en situation « normale » ou exceptionnelle, comme lors des périodes de confinement liées à la COVID par exemple. Dans un souci de justice sociale, notre étude a permis à un groupe marginalisé non seulement de s’exprimer, mais de le faire dans sa langue première, la langue des signes. Nous souhaitons fortement que de nouvelles études portent sur la majorité des élèves sourds, soit celles et ceux intégrés avec les entendants. Il importe aussi que les planificateurs disposent de statistiques fiables sur la population sourde, ce qui n’est actuellement pas le cas. Armé de données statistiques et de résultats fiables sur le bien-être, le ministère de l’Éducation du Québec pourrait élaborer des politiques et des programmes d’éducation mieux adaptés pour soutenir le bien-être, et partant, la réussite éducative des élèves sourds. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : bien-être, élèves sourds, école spéciale, langue des signes, langue des signes québécoise, LSQ

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu en format PDF.
Directeur de thèse: Jutras, Sylvie
Mots-clés ou Sujets: Élèves sourds / Bien-être / Milieu scolaire / Langue des signes québécoise / Écoles / Québec (Province)
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 31 août 2026 12:57
Dernière modification: 31 août 2026 12:57
Adresse URL : https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20258

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