Ricci, Sandrine
(2026).
« Culture du viol : circulation, représentations et (dé)légitimations d'une catégorie utile d'analyse sociologique. L'université comme champ de bataille » Thèse.
Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.
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Résumé
Mobilisant une imagination sociologique féministe, la thèse propose une analyse critique de la notion de culture du viol, diffusée en contexte francophone comme traduction de rape culture. La reconnaissance de la violence sexuelle comme fait social repose sur des enjeux épistémiques fondamentaux, engageant non seulement la légitimité de la parole des victimes, mais aussi les cadres de compréhension, souvent individualisants, qui freinent une approche transformatrice et collective de ce problème. La culture du viol est appréhendée comme concept explicatif de la (re)production de la violence sexuelle, désignant la propension sociale à la normaliser, à en culpabiliser les victimes et à en effacer les responsabilités, individuelles comme institutionnelles. Il s'agit d'explorer ce qu'elle permet – ou non – de rendre visible dans les structures sociales qui perpétuent la violence sexuelle, en tenant compte de sa trajectoire historique et des significations qu'elle revêt dans des contextes spécifiques. Trois objectifs spécifiques ont structuré l'enquête : revisiter la genèse de la notion; analyser l'intérêt qu'elle suscite auprès de divers publics, en particulier au Québec; examiner son potentiel pour outiller une compréhension sociologique de la violence sexuelle. Le cadre théorique mobilise l'imagination sociologique (Mills, [1959] 1977) de manière critique, en articulation avec les perspectives féministes matérialistes et intersectionnelles. La question de recherche, déclinée en deux volets, vise à comprendre comment l'idée de culture du viol est devenue objet d'attention publique et académique, et ce que nous apprend cette circulation quant à son potentiel pour appréhender la violence sexuelle en tant que fait social. Un dispositif méthodologique combine données primaires et secondaires, quantitatives et qualitatives, issues de sources empiriques et documentaires, permettant de déployer une analyse multi-située à différentes échelles sociologiques, spatiales et temporelles, et intégrant l'exploration d'espaces numériques. Les résultats montrent que le concept de rape culture se forge dans des espaces militants du tournant des années 1970, avant son entrée dans les écrits académiques. La culture du viol est moins une idée apparue soudainement qu'une cristallisation progressive de praxis féministes radicales, en continuité avec des luttes afro-étatsuniennes. Après en avoir réinscrit la genèse dans un processus historique de politisation de la violence sexuelle amorcé au XIXe siècle, l'étude révèle la place qu'occupe le concept dans les articles scientifiques, en mettant en évidence son émergence différenciée dans les espaces anglophones et francophones, sa productivité et ses usages. Plus de 70 % des articles mobilisant le concept ont été publiés entre 2016 et 2020 : l'académisation s'accélère au rythme des mobilisations protestataires (Slutwalk, #MeToo). L’irruption du terme culture du viol au Québec, documentée à travers l'examen de discours de presse et de données issues de Google Trends, s'inscrit dans une trajectoire en quatre moments sociopolitiques, montrant que la popularisation de cette idée politique s'accompagne de sa (dé)légitimation par diverses figures publiques; l'analyse montre comment l'intérêt du public suit de près l'agenda médiatique. Resserrant la focale sur les campus, l'étude explore la résonance de la notion auprès de personnes étudiantes et de membres du personnel (n = 9 284, six universités québécoises francophones). Il ressort que les individus statistiquement plus exposés à la violence sexuelle ont davantage tendance à percevoir la culture du viol comme un problème important dans leur université. Les discours des étudiantes (n = 1 426) donnent à voir ses dimensions centrales non seulement à travers des exemples issus de l'actualité, mais en en dégageant des logiques structurelles. La discussion finale précise les conditions sous lesquelles la culture du viol peut être mobilisée de façon heuristique et politique, en articulant la critique des représentations idéelles aux réalités matérielles et intersectionnelles de l'appropriation du corps et de la sexualité des femmes. Au terme de l'enquête, la culture du viol est défendue comme catégorie utile d'analyse sociologique.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Culture du viol; Violence sexuelle; Féminisme; Histoire des idées; Milieu universitaire; Québec
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu en format PDF. |
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Directeur de thèse: |
Descarries, Francine |
| Mots-clés ou Sujets: |
Culture du viol / Violence sexuelle en milieu universitaire / Violence envers les femmes / Québec (Province) |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des sciences humaines > Département de sociologie |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
29 juin 2026 15:30 |
| Dernière modification: |
29 juin 2026 15:30 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20157 |