Effets des caractéristiques des poteaux de bois et de la qualité de l'habitat forestier adjacent aux infrastructures de services publics sur la nidification du Grand Pic (Dryocopus pileatus)

Lapointe-Quesnel, Katherine (2026). « Effets des caractéristiques des poteaux de bois et de la qualité de l'habitat forestier adjacent aux infrastructures de services publics sur la nidification du Grand Pic (Dryocopus pileatus) » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en biologie.

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Résumé

Le Grand Pic (Dryocopus pileatus) est un excavateur primaire reconnu, entre autres, par la grande taille de ses cavités, qui peuvent parfois causer des dommages importants aux poteaux de bois d’infrastructures de services publics. Ce phénomène soulève à la fois des préoccupations pour la gestion des infrastructures et un besoin accru de comprendre les conditions écologiques qui expliquent ce comportement. Nous avons examiné les facteurs influençant l’utilisation par le Grand Pic des poteaux de distribution d’électricité pour sa nidification le long de la ligne d’Okikendawt située dans le nord-est de l’Ontario. Notre objectif principal était d’évaluer d’une part en quoi les caractéristiques des poteaux et d’autre part, comment la disponibilité des arbres d’alimentation et de reproduction utilisés par le Grand Pic de la forêt entourant cette ligne de distribution d’électricité affectaient l’utilisation des poteaux de bois par cette espèce. Deux étés d’échantillonnage sur le terrain ont été menés pour recueillir des données fines sur les caractéristiques des arbres en forêt adjacente à la ligne de poteaux d’électricité, incluant le diamètre à hauteur de poitrine (DHP), le stade de dégradation, la présence de carpophores de champignons (indicatifs de carie du bois de coeur) et les marques d’alimentation du Grand Pic. Ces données terrain ont été incorporées aux données des cartes numériques écoforestières produites par le ministère des Ressources Naturelles de l’Ontario (OMNR) pour évaluer la densité des arbres qui ont un potentiel pour l’alimentation et la reproduction du Grand Pic en fonction de la composition et de la structure du couvert forestier à l’échelle plus étendue des divers types de peuplements forestiers du territoire d’étude. Ces données ont constitué les variables explicatives qui ont été mises en relation avec la base de données spatiales et temporelles documentant les dommages causés par les pics aux poteaux sur une période couvrant une décennie. Une première analyse d’autocorrélation spatiale des dommages faits par le Grand Pic sur les poteaux de bois de la ligne d’Okikendawt a révélé que ceux-ci étaient agrégés dans l’espace résultant en 39 groupes de poteaux, (sept à neuf poteaux), où chaque groupe fut identifié comme endommagé à répétition ou non par cette espèce. Ces groupes de poteaux ont servi à définir une échelle spatiale correspondant à la superficie du domaine vital de cette espèce, pour analyser l’effet des substrats d’alimentation et de reproduction de la forêt adjacente à la ligne de distribution sur les dommages faits par le Grand Pic sur les poteaux de bois de la ligne de distribution d’Okikendawt. L’analyse des suivis annuels des dommages causés par le Grand Pic sur la ligne d’Okikendawt montre que leur réutilisation des poteaux n’est pas dispersée le long de la ligne mais bel et bien agrégée en fonction de la répartition contiguë des poteaux de plus de 30 cm de diamètre qui sont davantage sujets à être excavés par le Grand Pic au fil des ans que des secteurs dont le diamètre des poteaux est plus faible. Nos résultats montrent donc que le diamètre des poteaux excavés par le Grand Pic pour sa nidification (première hypothèse, H1) est le facteur le plus important qui explique leur utilisation. Notre deuxième hypothèse voulant que les poteaux les plus affectés par le Grand Pic soient dans des secteurs où la disponibilité des ressources alimentaires est plus élevée (H2) n’est pas corroborée alors que la disponibilité des ressources alimentaires, mesurée par la densité de marques d’alimentation et la présence d’essences fréquemment exploitées pour l’alimentation du Grand Pic en forêt ne différaient pas significativement entre les secteurs de groupes de poteaux utilisés et non utilisés de la ligne d’Okikendawt. De plus, notre troisième hypothèse (H3) voulant que la disponibilité de substrats de nidification de la forêt adjacente de la ligne d’Okikendawt, puisse moduler la probabilité d’utilisation des poteaux de distribution de la ligne d’Okikendawt par le Grand Pic pour sa reproduction n’a pu être ni corroborée, ni infirmée car la densité par hectare des meilleurs substrats de nidification du Grand Pic en forêt, soit les grands peupliers faux-tremble qui sont affectés par la carie blanche (Phellinus tremulae), était très faible sur l’ensemble de la ligne d’Okikendawt. La densité des tiges de cette essence n’était donc pas significativement différente entre la forêt adjacente autour des groupes de poteaux utilisés de celle des poteaux non utilisés. Dans nos modèles linéaires généralisés, ce facteur n’a qu’un effet marginal sur l’utilisation répétée des poteaux de bois de la ligne de transmission par le Grand Pic. Un résultat important de cette étude tient au fait d’une utilisation répétée par les couples nicheurs de Grands Pics des mêmes secteurs (mêmes groupes de poteaux) de la ligne de distribution d’Okikendawt sur près d’une décennie. Cela montre comment une espèce résidente à l’année comme le Grand Pic, qui est reconnue pour montrer une fidélité au site, peut faire un usage compensatoire prolongé de structures artificielles comme les poteaux de bois, lorsque ceux-ci s’avèrent être les principaux substrats de nidification disponibles dans son domaine vital. Enfin, cette étude met en lumière l’importance de mesurer et d’intégrer les conditions fines de disponibilité des arbres propices à la reproduction du Grand Pic des milieux adjacents aux lignes de distribution d’électricité aux stratégies de gestion des infrastructures publiques. Dans les secteurs identifiés comme à risque élevé de dommages, l’installation de dispositifs protecteurs ou le recours à des poteaux en matériaux composites pourrait réduire l’utilisation des poteaux par le Grand Pic. De plus, des outils prévisionnels comme un modèle de la qualité de l’habitat de nidification du Grand Pic des forêts adjacentes aux lignes de services publics pourraient permettre d’identifier les zones vulnérables avant l’apparition de dommages, et ce, en alignant les efforts de gestion avec les objectifs de conservation de l’espèce étant donné son nouveau statut d’espèce dont les nids sont protégés en vertu du règlement sur les oiseaux migrateurs. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Grand Pic (Dryocopus pileatus), substrat de reproduction, arbres d’alimentation, sélection d’habitat, poteaux de distribution d’électricité, infrastructures anthropiques

Type: Mémoire accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu en format PDF.
Directeur de thèse: Drapeau, Pierre
Mots-clés ou Sujets: Grand pic / Écologie / Nidification / Sélection de l'habitat / Arbres forestiers / Poteaux en bois / Poteaux de lignes électriques / Ontario (Nord-Est)
Unité d'appartenance: Faculté des sciences > Département des sciences biologiques
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 15 mai 2026 14:32
Dernière modification: 15 mai 2026 14:32
Adresse URL : https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20000

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