L’adaptation urbaine face à la combinaison des stress démographique, climatique et des ressources : cas de la cité lacustre de Ganvié au Bénin

Fagla, Dohny Arnaldo Fèmy (2026). « L’adaptation urbaine face à la combinaison des stress démographique, climatique et des ressources : cas de la cité lacustre de Ganvié au Bénin » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études urbaines.

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Résumé

L'objectif principal de la thèse est d'étudier le phénomène d'adaptation urbaine d'un milieu et d'une communauté spécifique qui subit des stress combinés (démographique, climatique et de ressources [accès et/ou disponibilité]). Nous mettons l'accent dans notre recherche sur le développement d’une approche relationnelle du phénomène vu de façons concrète (le construit architectural et urbain) et abstraite (les actions de la communauté). Cela permet d'étudier et d'analyser plus facilement notre cas d’étude qui est la cité lacustre de Ganvié située au Bénin, un milieu socio-construit vernaculaire lacustre édifié dans la longue durée. La thèse s'articule entre la discipline de la morphologique urbaine et le champ d'études de la résilience et repose sur l’analyse approfondie de l'action et l'expérience adaptative de la population du milieu étudié. Notre recherche épouse une démarche interprétative de l’histoire et de la mémoire urbaine. D'une approche relationnelle à ascendance inductive, nous proposons une épistémologie de l’adaptation comme phénomène et définissons un cadre d'analyse pouvant mieux la cerner. Deux groupes d’informations sont exploités : celles liées à la morphogenèse (relevant du bâti) et celles liées aux vulnérabilités socio-écologiques des populations résidentes (relevant des vécus et actions des populations). Les principales contributions de la thèse sont : (1) d'assurer la compréhension du processus d’adaptation de Ganvié ; un système urbain en pleine transformation et subissant des stress combinés (objet de recherche) ; (2) de proposer un cadre heuristique expliquant la relation entre les espaces concret (formes urbaines et architecturales) et abstrait (actions posées par la population en situation de stress) lors d'un processus d'adaptation d'un établissement humain. Ce cadre est défini selon une approche relationnelle à ascendance inductive visant à mieux comprendre et cerner la dynamique spatio-temporelle liée à notre objet de recherche. Posture épistémologique et démarche méthodologique : La recherche considère l'adaptation urbaine non comme un état ou un résultat normatif, mais comme un phénomène processuel observable à travers les relations dynamiques entre formes bâties, pratiques sociales, représentations, vulnérabilités et actions collectives. Cette posture permet de dépasser les lectures sectorielles de l'adaptation pour en proposer une compréhension intégrée, ancrée dans les expériences vécues et les matérialités du milieu. La méthodologie repose sur une approche mixte et multi-scalaire combinant analyses qualitatives et quantitatives. Elle mobilise des données historiques, archivistiques, ethnographiques, statistiques, cartographiques et photographiques. La collecte s'est appuyée sur des enquêtes de terrain menées à Ganvié, complétées par une recherche virtuelle rendue nécessaire par le contexte sanitaire, ainsi que par l'analyse d'images satellitaires et de photographies aériennes par drone. Cette diversité de sources permet une lecture articulant quatre niveaux d'analyse : le lac Nokoué, l'agglomération lacustre, le tissu urbain et le bâti. L'analyse porte notamment sur la genèse, l'évolution et la transformation du cadre bâti lacustre entre 1980 et 2020. Comprendre l'adaptation urbaine de Ganvié comme un processus socio-morphologique : L'analyse morphologique détaillée montre que les transformations du cadre bâti ne relèvent ni d'une simple réaction aux aléas climatiques ni d'une modernisation exogène, mais d'un processus d'ajustement progressif profondément enraciné dans les savoirs vernaculaires, les structures sociales et les rapports aux ressources du milieu lacustre. Les typologies bâties, les modes d'implantation, les matériaux et les techniques constructives évoluent en réponse à des contraintes multiples : montée des eaux, salinisation, dégradation des pilotis, pression démographique, raréfaction des ressources halieutiques, transformations des structures de gouvernance et recompositions économiques. Ces évolutions révèlent des cycles adaptatifs marqués par des phases de stabilité relative, de perturbation, d'innovation et parfois de déclin, sans jamais correspondre à un retour à un état initial idéalisé. L'analyse de la résilience socio-écologique (chapitre 8) démontre que ces transformations morphologiques sont indissociables des vulnérabilités vécues par la population toffinu. Les enjeux identitaires, les rivalités lignagères, les mutations des formes de gouvernance, la gestion coutumière des biens communs et les pressions environnementales agissent conjointement sur les trajectoires adaptatives du milieu. Le bâti devient ainsi à la fois support, trace et révélateur des stratégies mises en oeuvre par la communauté. Un cadre heuristique relationnel de l'adaptation urbaine : À partir de l'interprétation croisée des résultats morphologiques et socio-écologiques (chapitre 9), la recherche met en lumière ce que nous nommons des translations adaptatives, qui traduisent une double adaptation morphologique et cognitive. Ces translations se manifestent par des transformations des formes observables dans l'évolution du bâti, du tissu urbain et de l'agglomération, ainsi que par des modifications cognitives liées aux représentations, aux apprentissages collectifs et aux décisions prises par les acteurs locaux face aux stress. Le cadre d'analyse relationnel proposé permet de dépasser les oppositions classiques entre adaptation matérielle et adaptation sociale en montrant comment elles se co-produisent dans le temps et l'espace. Le chapitre 10 consolide cette contribution en proposant une définition heuristique issue de l'analyse empirique du cas de Ganvié. L'adaptation y est définie comme un processus relationnel, dynamique et non linéaire par lequel un établissement humain ajuste simultanément ses formes bâties, ses pratiques sociales et ses modes d'organisation face à des stress combinés, sans que ces ajustements ne garantissent nécessairement une trajectoire durable ou optimale. Retombées scientifiques et contributions disciplinaires : Sur le plan théorique, la thèse repositionne la morphologie urbaine comme un champ capable de dialoguer avec les études sur la résilience et l'adaptation. Elle montre que les formes urbaines ne sont pas de simples résultats passifs, mais des acteurs à part entière des processus adaptatifs. Elle enrichit également les études de résilience en proposant une lecture moins normative et plus descriptive de l'adaptation, fondée sur l'observation des trajectoires réelles des milieux construits. Sur le plan méthodologique, la démarche relationnelle et multi-scalaire développée ouvre des perspectives pour l'analyse d'autres habitats vernaculaires soumis à des contraintes environnementales fortes, notamment dans les contextes de montée des eaux et de changements climatiques. Sur le plan opérationnel, les résultats offrent des enseignements pour les politiques d'adaptation en soulignant l'importance de reconnaître et de valoriser les savoirs locaux, les logiques vernaculaires et les dynamiques socio-spatiales existantes dans la planification des territoires contraints. En définitive, cette thèse propose une épistémologie de l'adaptation urbaine fondée sur la relation, la temporalité et l'expérience et contribue à une meilleure compréhension des transformations des établissements humains face aux incertitudes contemporaines. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Adaptation urbaine, résilience urbaine, résilience socio-écologique, morphologie urbaine, analyse relationnelle, Ganvié, Bénin.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Racine, François
Mots-clés ou Sujets: Communautés lacustres / Résilience urbaine / Morphologie urbaine / Accroissement de la population / Adaptation aux changements climatiques / Épuisement des ressources naturelles / Ganvié (Bénin)
Unité d'appartenance: École des sciences de la gestion > Département d'études urbaines et touristiques
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 06 mars 2026 11:24
Dernière modification: 06 mars 2026 11:24
Adresse URL : https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19741

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