Savoirs migrants et justice épistémique : étude ethnographique d'une expérience de co-construction des savoirs à Montréal

Manon, Mathilde (2025). « Savoirs migrants et justice épistémique : étude ethnographique d'une expérience de co-construction des savoirs à Montréal » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études urbaines.

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Résumé

Cette thèse interroge le rôle des savoirs locaux dans la redéfinition de modèles de développement territorial sous le prisme de la migration et de la pluralité culturelle du Québec contemporain. Elle traite de la question de la place et de la contribution des savoirs des personnes migrantes dans le processus de co-construction des savoirs et de l’action collective visant la transformation sociale. Cette recherche a pour but d’enrichir les propositions théoriques et les pratiques entourant la mobilisation des savoirs des personnes concernées par les inégalités sociales et épistémiques. Je me suis plus particulièrement penchée sur un organisme nord-montréalais dont la mission est de mobiliser la parole citoyenne des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale afin de développer des actions collectives visant la transformation sociale. Au cours d’un terrain ethnographique de quatre ans, j’ai pu analyser la manière dont cet organisme met à contribution les savoirs des personnes migrantes vivant sur son territoire d’action, dans les projets collectifs visant la transformation du territoire afin d’en améliorer le cadre et les conditions de vie. Cet organisme utilise une méthodologie dite de croisement des savoirs, mettant en dialogue les savoirs citoyens, les savoirs des praticien·ne·s du milieu communautaire et des savoirs scientifiques, afin de bâtir une compréhension commune des problèmes locaux et de co-construire des actions collectives visant à les résoudre. Ce terrain d’étude a constitué un cadre privilégié pour observer et analyser la place faite aux personnes migrantes au sein de ces processus. En effet, la question de la pluralité culturelle dans les processus participatifs reste peu discutée, si ce n’est pas dénoncer le caractère excluant de certains dispositifs. Ainsi, cette étude, bien qu’exploratoire, contribue de manière unique à l’avancement des connaissances concernant la mobilisation des savoirs citoyens et la mise en pratique de la justice épistémique, par la co-construction des savoirs. Elle m’a permis, en effet, d’enrichir et d’approfondir la définition pragmatiste du savoir citoyen à partir de la perspective des personnes migrantes impliquées dans la transformation de leur territoire d’accueil. La présence des personnes migrantes dans les processus observés a un impact très bénéfique sur l’inclusion d’une diversité de savoirs, des points de vue et de pratiques. L’arrimage de cette définition à l’approche décoloniale à l’égard des savoirs locaux m’a conduite à identifier l’apport des expériences faites dans leurs pays d’origine et des savoirs ancrés dans leurs cultures d’origine. Ceux-ci contribuent notamment à redéfinir les modalités d’action des acteurs communautaires et renforce l’inclusion des communautés ethnoculturelles dans les projets collectifs de développement territorial. Les ontologies diverses des personnes migrantes renforcent la vision de la transformation sociale co-construite et lui donnent un caractère plus inclusif. Un enjeu persiste néanmoins et dessine un fil rouge au sein des résultats de recherche, celui de la reconnaissance des savoirs migrants. En analysant cet enjeu sous le prisme de la théorie de la justice sociale de Nancy Fraser et avec le concours des approches décoloniales de la justice épistémique, j’ai pu déceler une persistance de la hiérarchie entre les statuts et les savoirs des personnes engagées au sein de la co-construction des savoirs. Sur le terrain de cette étude, la justice sociale se traduit par la participation des personnes concernées par les enjeux locaux aux décisions collectives (dimension politique) et en reconnaissant les capacités cognitives et la pertinence de leur expérience (dimension culturelle) pour fonder les actions transformatrices visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (dimension économique). La reconnaissance des savoirs migrants favorise une participation plus équitable des personnes migrantes aux débats publics et à l'action collective. Toutefois, leur valorisation reste partielle et peut être jugée insuffisante par certaines des personnes migrantes interrogées, principalement en raison du faible impact de leur implication sur leur situation économique. Pourtant, les résultats de cette recherche mettent en lumière l’importance de reconnaître l’apport des savoirs migrants pour concevoir des actions collectives prenant en compte les besoins et aspirations de l’ensemble de la population, dans une perspective de justice sociale et épistémique. Fidèle à ma posture de chercheuse engagée, j’exprime le voeu que cette thèse puisse contribuer à enrichir les pratiques des acteurs et actrices, en leur fournissant des clés de compréhension des actions collectives visant la justice sociale et la justice épistémique. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : savoirs migrants, co-construction des savoirs, justice épistémique, justice sociale, développement territorial

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Klein, Juan-Luis
Mots-clés ou Sujets: Développement territorial / Participation des citoyens / Immigrants / Savoirs locaux / Coconstruction / Justice épistémique / Justice sociale / Milieu défavorisé / Montréal (Québec)
Unité d'appartenance: École des sciences de la gestion > Département d'études urbaines et touristiques
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 06 mars 2026 09:38
Dernière modification: 06 mars 2026 09:38
Adresse URL : https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19740

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