Critique biographique, biographie critique : les interactions de la critique littéraire savante et de la biographie d'écrivain en France, dans la seconde moitié du XIXe siècle : le cas Flaubert

Girardin, Marina (2014). « Critique biographique, biographie critique : les interactions de la critique littéraire savante et de la biographie d'écrivain en France, dans la seconde moitié du XIXe siècle : le cas Flaubert » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études littéraires.

Fichier(s) associé(s) à ce document :
[img]
Prévisualisation
PDF
Télécharger (24MB)

Résumé

Cette thèse sonde le terrain sur lequel la critique littéraire et la biographie d'écrivain se rencontrent dans la seconde moitié du XIXe siècle. Une certaine tradition épistémologique suggère que la critique a « fusionné », au XIXe siècle, avec la biographie d'écrivain, pour ensuite cheminer à ses côtés dans sa quête « au fond non problématique » (Geldof, 1993 : 12) du littéraire et ce, jusqu'à ce qu'un Proust – pour ne nommer que celui-là – ait cherché à la tirer de son dogmatique endormissement. Les choses se sont-elles passées de manière aussi linéaire? Pour répondre à cette question, nous procédons en trois temps. Il s'agit d'abord de présenter les conditions épistémologiques dans lesquelles la critique littéraire est amenée à se rapprocher de la biographie d'écrivain, en interrogeant cette reconfiguration disciplinaire d'un point de vue qui, débordant le strict domaine des études littéraires, tient compte de l'état général des savoirs avoisinants, notamment la biologie et l'historiographie. Nous étudions ensuite le positionnement de la biographie d'écrivain en ce second XIXe siècle positiviste afin de vérifier si l'attirance est réciproque – au point de parler d'une « fusion » des deux pratiques en question. Ce premier parcours aboutit à l'examen d'une collection d'ouvrages qui, en vertu du mandat qui a commandé leur rédaction, a pu favoriser la rencontre de la critique et de la biographie, à savoir la collection « Les grands écrivains français ». Ce qui motive notre étude de ces ouvrages, c'est précisément la recherche des modes d'interaction de ces deux pratiques discursives. Dans un deuxième temps, cette étude ne saurait être complète sans l'analyse d'un cas de figure problématique : l'affaire Flaubert. Par ses prises de position fortement antibiographiques comme par son programme esthétique porté par le désir d'une œuvre objective et impersonnelle, Flaubert semblerait ne pas prêter à ce rapprochement de la critique et de la biographie dans les études qui lui sont consacrées. Or, à y regarder de plus près, il faut croire qu'au contraire il y a contribué. En refusant que l'activité critique se limite à l'appréciation morale des œuvres, il l'amène à questionner autrement l'activité créatrice, à s'interroger notamment sur les conditions de possibilité des œuvres, d'où l'importance que prend l'enquête biographique. En portant le regard sur l'abondante réception consacrée à Madame Bovary en 1857 – et à travers laquelle deux conceptions du littéraire s'affrontent (une conception classique et une conception moderne) – c'est à la naissance de ce curieux paradoxe que nous assistons. Enfin, on sait désormais quel effort le XXe siècle déploiera pour que la critique soit enfin « restituée à la littérature » (Doubrovsky, 1966 : 270). Or, en étudiant de près la réception qui suit la première vague de critiques adressées à Madame Bovary, on s'aperçoit que certaines prémisses de la Nouvelle Critique – entre autres la souveraineté du Texte – circulent déjà parmi les écrivains et les critiques, et que c'est justement parce qu'elle souhaite voir l'œuvre s'autonomiser et lui devenir intelligible que la critique littéraire se tourne vers la biographie d'écrivain. Ainsi l'avènement d'une critique moderne, portée non plus à juger et à classer les textes, mais à vouloir les comprendre véritablement, est-elle liée de près à l'étude biographique. La proximité de ces deux pratiques ne doit pourtant pas nous amener à les confondre. L'étude des biographies consacrées à Flaubert fait apparaître une fonction critique propre à la biographie. Il semble en effet que de par ses modalités énonciatives – à mi-chemin entre le récit et l'essai – la biographie d'écrivain soit en mesure d'articuler un discours critique qui lui soit propre, à travers notamment un travail de mise en scène de la figure auctoriale. Les biographies de Flaubert, en en faisant un personnage romantique, parviennent à pointer vers le même lieu que la critique qui s'élabore parallèlement en son sein, à savoir que Flaubert n'est pas un Naturaliste. Ce que nous cherchons donc à clarifier dans cette troisième et dernière partie, à travers la réception ultérieure de Flaubert (1874-1900), c'est la manière et les modes suivant lesquels la critique et la biographie ont pu à la fois s'associer et se dissocier, bien avant que ne s'achève le XIXe siècle.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Dion, Robert
Mots-clés ou Sujets: Flaubert Gustave 1821-1880, 19e siècle, Biographie, Critique littéraire, Écrivain, Méthode biographique
Unité d'appartenance: Faculté des arts > Département d'études littéraires
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 27 avr. 2015 14:37
Dernière modification: 27 avr. 2015 14:37
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/6771

Statistiques

Voir les statistiques sur cinq ans...