Étude sémiotique sur la latéralisation des figures animales dans l'art pariétal du Paléolithique en France

Scardovelli, Matteo Wladimiro (2017). « Étude sémiotique sur la latéralisation des figures animales dans l'art pariétal du Paléolithique en France » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sémiologie.

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Résumé

Dans cette thèse j'ai analysé un corpus de 2264 images figuratives issues de l'art pariétal européen. La caractéristique principale que j'ai étudiée est leur latéralisation, c'est-à-dire le fait que les figures regardent à droite ou bien à gauche par rapport à l'observateur. Il s'agit d'un domaine d'étude assez développé pour ce qui concerne les activités graphiques des populations contemporaines (voir par exemple Van Sommers, 1984), mais assez sous-développé en ce qui concerne les traditions artistiques du passé, notamment l'art pariétal (la seule référence est Sauvet, 2005). Ma recherche a requis un réexamen de la littérature existante au sujet de la latéralisation des figures en général, et un encadrement de tous les facteurs qui ont un impact dans ce phénomène : ce travail de synthèse est original et à ma connaissance unique. Une fois que j'ai élaboré ce cadre général, j'ai comparé les attentes théoriques avec les données en ma possession concernant l'art pariétal : bien que l'influence de nombreux facteurs, considérés un par un, répondait aux attentes, j'ai constaté l'existence d'un facteur-ombre qui déséquilibrait la latéralisation générale de mon échantillon vers la droite. J'ai donc dû supposer l'existence d'un biais culturel pour expliquer ces données inattendues. Mon interprétation de ce phénomène prend appui sur le rapport tout à fait « haptique » que les artistes des cavernes avaient vis-à-vis du support graphique rocheux. Pour eux, tout acte graphique originait dans ce rapport particulier, dont le témoignage plus explicite consiste dans l'inclusion de portions de roche dans nombreuses figures animalières. On dirait en fait que leurs projets graphiques s'appuyaient tout autant sur leur propre projectualité imaginative interne, que sur les « suggestions » plastiques des parois. Cet aspect, qui caractérise fortement l'art pariétal, est en mesure, selon mon interprétation, d'expliquer le biais latéralisant à droite qui ressort de mes analyses : ayant origine d'un rapport quelque peu tactile avec le support, les figures ont souvent été commencées à droite de l'espace graphique parce que, pour les droitiers, celui-ci est le côté plus naturel pour toucher un support qui se trouve en face de l'individu. En revanche, le fait qu'aujourd'hui nous commençons préférablement un dessin portant la main droite à gauche de l'espace graphique semble être dû à une contrainte d'ordre cognitif qui nous porte à commencer un dessin par la partie la plus lointaine (que pour les droitiers se trouve à gauche de l'espace graphique : Thomassen et Tuelings, 1979, p. 312-313). Le deuxième aspect étudié dans ma recherche a porté sur une subdivision des espèces animales représentées dans l'art pariétal en groupes connotatifs homogènes. Suite à un certain nombre d'analyses qui ont tenu compte d'indices d'ordre éthologie ainsi que de ceux à caractère plus statistique, j'ai trouvé cinq groupes connotatifs, qui sont : 1) Espèces dangereuses (félins, ours, rhinocéros et bisons), 2) Mégafaune (mammouth et mégacéros), 3) Espèces chassées (cervidés, caprinés et certaines espèces aquatiques), 4) Espèces humanisées (cheval et aurochs), 5) Humains. Chaque groupe montre en fait un « comportement graphique » cohérent selon de nombreux points de vue. Le cadre qui en résulte confirme ce qui avait déjà été remarqué par nombreuses recherches dans le passé (à partir d'André Leroi-Gourhan, 1958) quant à la structuration de l'espace souterrain. Les espèces dangereuses sont localisées dans les endroits plus reculés de la grotte ainsi que dans les panneaux plus denses d'un point de vue symbolique. Cela semble refléter une volonté de créer un effet émotif fort à des endroits précis de la caverne, comme si le cheminement que le public accomplissait le long de la grotte prévoyait un crescendo du point de vue de l'impact tant émotif que visuel. Les figures humaines semblent partager cette préférence pour les endroits symboliquement plus importants, toutefois dans leur cas le type de tensivité n'était pas répulsive mais plutôt attractive. Il se peut que, contrairement au rapport « oppositif » qui concerne les espèces dangereuses, les figures humaines aient réveillé un sentiment de type emphatique et d'identification. Les trois autres catégories fauniques, chacune selon une modalité spécifique, entourent, de façon physique tout autant que métaphorique, ce « noyau dur » symbolique constitué par les espèces dangereuses et les humains. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : latéralisation, art pariétal, Paléolithique supérieur, art animalier, asymétrie cérébrale, haptique

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Ouellet, Pierre
Mots-clés ou Sujets: Art rupestre / Art préhistorique -- France / Animaux dans l'art / Latéralisation des images / Dominance cérébrale / Toucher / Sémiotique et peinture
Unité d'appartenance: Faculté de communication
Faculté des arts > Département d'histoire de l'art
Faculté des arts > Département d'études littéraires
Faculté des sciences humaines > Département de philosophie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 07 mai 2018 08:35
Dernière modification: 07 mai 2018 08:35
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/11208

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