Carlier, Denis
(2025).
« Le « masculinisme » en France, 1870-1945 : usages féministes et antiféministes d’un terme et de ses variantes » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en science politique.
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Résumé
La recherche présentée consiste en une étude comparée des usages des termes en MASCULINIS*, dans la France de la période 1870-1945. J’étudie les représentations sociales entourant l’antiféminisme à travers ces usages terminologiques. Les termes en MASCULINIS* peuvent désigner, selon les cas, l’ÉGOÏSME MASCULIN; des COMPORTEMENTS OU ATTITUDES FÉMININ·E·S JUGÉ·E·S TROP VIRIL·E·S; le MOUVEMENT FÉMINISTE, avec un connoté péjoratif; un POTENTIEL CONTREMOUVEMENT ANTIFÉMINISTE; ou un ÉCART DE GENRE JUGÉ PATHOLOGIQUE. Le chapitre 2 présente un portrait quantitatif de mon corpus, au regard d’un ensemble de variables, afin de caractériser les différents groupes de locuteur·rice·s associés à chacune des définitions. J’y retrace également l’évolution quantitative de l’usage des termes en MASCULINIS* sur les trois-quarts de siècle de ma période d’étude. Je reviens après cela, au chapitre 3, sur l’histoire des premiers usages des termes féministe et féminisme. Ces termes ont connu des définitions multiples, avant que n’émerge leur sens actuel. C’est au regard de ces termes, mais aussi de celui de masculinité dont l’histoire est abordée aux chapitres 4 et 7, que les termes en MASCULINIS* commencent à circuler à la fin du XIXe siècle, pour décrire l’évolution des rapports de genre. La structure de mon travail de thèse reprend ensuite successivement les différentes définitions associées à ces termes. Au chapitre 4, je reviens sur les usages propres au féminisme égalitaire. Hubertine Auclert pose en effet les bases d’une pensée politique de l’antiféminisme à travers son usage des termes masculinisme et masculiniste, dérivés de la notion juridique de masculinité. Elle affirme la possibilité de considérer les réactions antiféministes comme une défense d’intérêts catégoriels. Nelly Roussel entreprend quant à elle de penser l’intersection entre les préoccupations féministes et un ensemble d’enjeux politiques : cléricalisme, militarisme, capitalisme, racisme. Abordé au chapitre 5 au prisme du féminisme ésotérique, le concept de MASCULINISME, porté notamment par Céline Renooz, décrit un principe masculin censé caractériser la modernité politique. La conception féministe ésotérique du politique suppose de penser les rapports de genre comme un affrontement millénaire entre principe masculin et principe féminin, où la féminité est la clé d’une harmonie retrouvée, par opposition à une trahison initiale masculine, à l’origine des malheurs de l’humanité. Les usages féministes des termes en MASCULINIS* servent aussi une fonction rhétorique, et se passent souvent de définition autre que contextuelle. Ce constat est plus marqué encore pour les usages antiféministes, comme je le montre au chapitre 6, à propos de la mobilisation de termes en MASCULINIS* pour désigner une ATTITUDE JUGÉE TROP VIRILE ou un SYNONYME PÉJORATIF DE FÉMINISME. Le néologisme participe alors souvent d’une démarche de silenciation. Je reviens plus en détail sur ce type d’usage au chapitre 8, à propos du maternalisme conservateur de Vérine. La conférencière porte un moralisme politique, pensé par opposition aux catégories de l’action politique masculine, mais en s’aidant de ces dernières en vue de dépasser la modernité. Son exaltation de la puissance féminine induit un rapport ambigu au féminisme, à la fois rejeté sur le principe et approprié dans son contenu. Dans ce cadre, le qualificatif d’hoministe, accolé au mouvement des femmes, sert à définir par contraste son maternalisme comme le « véritable » féminisme. Abordé au chapitre 7, le concept médical de MASCULINISME s’inscrit dans une généalogie distincte, pour décrire un écart à la norme de genre. La pathologisation du féminisme demeure rare dans les articles scientifiques, présente surtout dans un discours d’opinion ou de santé publique. C’est par l’angle de l’homosexualité, d’abord masculine, puis féminine, que la question de l’autonomie féminine se trouve peu à peu abordée en médecine, à travers l’idée d’une forme psychique de MASCULINISME. Le féminisme se trouve directement pathologisé par Édouard Pichon sous le nom d’hominisme, comme le symptôme d’une inadaptation, à laquelle l’intervention psychanalytique peut et doit fournir une solution. Enfin, j’ai consacré le chapitre 9 aux usages des termes en MASCULINIS* pour décrire un potentiel CONTREMOUVEMENT ANTIFÉMINISTE. L’idée émerge d’une remise en cause de l’autorité du chef de famille au profit de l’État, avec l’émergence d’une forme publique de patriarcat.Le théâtre est un lieu privilégié d’expression des premières formes d’antiféminisme victimaire, en même temps que le roman d’anticipation. Pour être crédible, la domination féminine est alors souvent située dans un ailleurs, qui peut être géographique ou fictionnel.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : antiféminisme; masculinisme; modernité politique; intersectionnalité des haines; conservatisme