Moralité, autorité, normalité : fondements épistémologiques et politiques des transformations éducatives dans les sociétés occidentales depuis le milieu du XIXe siècle

Auclair, David (2020). « Moralité, autorité, normalité : fondements épistémologiques et politiques des transformations éducatives dans les sociétés occidentales depuis le milieu du XIXe siècle » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.

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Résumé

Il est souvent dit que l’individu contemporain est libre, qu’il est rendu totalement autonome sans devoir passer par les obligations, par les contraintes, par les responsabilités, par la soumission à des règles et à des normes sociales. Il serait alors question de la naissance d’un nouveau sujet plus coopératif consentant librement à toute association, fût-elle contractuelle ou morale. Cette idée de l’autonomie endogène à chaque être humain opérant de la naissance à la mort doit être nommée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une idéologie organiciste. Elle trouve sa pleine et entière représentation dans le darwinisme social du penseur anglais Herbert Spencer. À la suite de Patrick Tort, nous considérons que Spencer a produit le système philosophique le plus représentatif de l’Occident libéral. À partir de notre hypothèse suivant laquelle nous affirmons que nous vivons aujourd’hui dans un monde spencérien sans en être conscients, nous cherchons à montrer dans cette thèse comment les institutions éducatives de la modernité ont été transformées par des impératifs technocratiques promulguant la concurrence et l’individualisme. Les écoles sont de plus en plus intégrées à une société de performance et de régulation des humeurs et des conduites. Il est entendu qu’il faut suivre les rythmes des innovations techniques pour préparer les enfants aux sociétés et aux besoins professionnels de demain. Ce système positiviste de contrôle par les mesures tend à oublier que tous ne sont pas égaux de nature et qu’il est toujours idéologique de comparer les sociétés à des organismes pour en réguler la marche. Comment prendre en charge celles et ceux que Binet et Simon nommaient les « déshérités » de la nature lorsque la normalité comportementale devient un cadre normatif pour le contrôle des conduites? Après l’étude de la philosophie synthétique de Spencer, nous analysons l’éducation contemporaine à partir des écrits de Piaget et de Vygotski. Entre le biologisme de Piaget et l’interactionnisme historique de Vygotski, nous montrons que ces deux postures intellectuelles sont irréconciliables dans les pratiques éducatives. Nous retrouvons en fait deux modèles complètement différents pour aborder l’instruction, l’autorité et la normalité comportementale. Nous concevons aussi qu’il existe une séparation de sens entre la psychologie scientifique et la psychologie philosophique (cette dernière étant pour Piaget une sagesse coordonnant les valeurs). Piaget a d’ailleurs contribué à déterminer une autre forme d’autonomie et un autre type d’école à partir de sa théorie de la connaissance ; Vygotski développe pour sa part une conception de l’autonomie autour des liaisons sociales ou l’instruction devient une quête permanente de l’enfant cherchant à s’approprier les éléments de sa culture. Il explique qu’à travers les médiations sémiotiques de la vie mentale, soit par le langage et l’instruction, le culturel permet souvent de dénouer les nœuds des premières déterminations biologiques de l’enfant. Les adultes et les intervenants en milieux scolaires représentent l’Histoire des sociétés humaines. À l’aide des concepts de normalité et d’anormalité, en associant la pensée épistémologique et psychologique de Vygotski à celle de Canguilhem, nous avons donc entrepris d’analyser le déploiement politique et normatif de ces concepts au XXe siècle. C’est de cette manière que nous proposons d’étudier dans cette thèse les fondements de l’éducation en Occident à partir des concepts de la moralité, de l’autorité et de la normalité. Il semble impératif de privilégier les liens psychoaffectifs pour socialiser et pour intégrer convenablement les nouvelles générations dans un monde de normes et de valeurs déjà instituées. Il est entendu que l’autorité des adultes n’est pas qu’une affaire de tradition, qu’il s’agit d’un mécanisme social essentiel à toutes les interactions scolaires pour favoriser l’instruction et le développement des personnes et des sociétés. Au terme de cette thèse, nous espérons ouvrir de nouvelles avenues pour (re)valoriser les figures et les fonctions des maitres d’école. Tant qu’il y aura une séparation idéologique entre la liberté individuelle et la liberté collective, il y aura une incohérence entre ce qui sera proposé et ce qui sera réellement obtenu. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : apprentissage, autorité, biologique, Canguilhem, contrôle, développement, Durkheim, école, éducation, évolution, enfant, industriel, langage, libéralisme, morale, normal, normalité, pédagogie, Piaget, positivisme, Spencer, Vygotski

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu dans le cadre du dépôt numérique et enrichi en format PDF / A.
Directeur de thèse: Filion, Jean-François
Mots-clés ou Sujets: Éducation / Morale / Autorité / Normalité / Occident / Herbert Spencer (1820-1903)
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de sociologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 21 janv. 2021 14:40
Dernière modification: 21 janv. 2021 14:40
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/13884

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