Les relations de partenariat Nord-Sud : du paradoxe au compromis : une approche institutionnaliste des relations entre ONG dans le secteur de la coopération internationale

Navarro-Flores, Olga (2006). « Les relations de partenariat Nord-Sud : du paradoxe au compromis : une approche institutionnaliste des relations entre ONG dans le secteur de la coopération internationale » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en administration.

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Résumé

Depuis plus de quarante ans, les organisations de coopération internationale (OCI), et leurs contreparties, les organisations non gouvernementales (ONG) au Sud, travaillent de concert pour lutter contre l'impitoyable pauvreté des populations du Sud. La coopération internationale s'est structurée différemment selon trois âges : dans les années 1960, les relations étaient essentiellement asymétriques, il y avait des « donateurs » au Nord et des « bénéficiaires » au Sud; dans les années 1970 et 1980, les relations reflétaient la « collaboration » et l'ouverture à « l'apprentissage mutuel » entre OCI et ONG au niveau de la mise en œuvre des programmes de développement. Et finalement, à partir des années 1990 jusqu'à aujourd'hui, les relations sont caractérisées par l'échange des expériences entre les acteurs du Nord et du Sud sur le plan du savoir et du savoir-faire ainsi qu'à travers un mode de collaboration qualifié de « partenariat ». Pour plusieurs chercheurs et praticiens du secteur de la coopération internationale, l'adoption de la rhétorique égalitariste du partenariat représente un paradoxe car cela n'a guère changé les rapports de pouvoir inégalitaires fondamentaux existant entre le Nord et le Sud. Nous avançons pour notre part que ce paradoxe traduit en fait un compromis, où les acteurs du Nord et du Sud négocient les termes de leur relation de coopération, tout en tenant compte des rapports de pouvoir inégaux. L'idée d'un compromis Nord-Sud suggère que les acteurs ont appris au cours des années à transiger de manière coopérative et solidaire dans ce contexte. À partir d'une revue de littérature sur la coopération internationale, et dans l'espoir de répondre aux lacunes heuristiques sur les partenariats Nord-Sud, nous avons posé la question suivante : comment font les acteurs du Nord et du Sud pour construire leurs relations de partenariat dans un environnement caractérisé par des rapports de pouvoir inégaux? Une perspective à la fois institutionnaliste et politique nous a permis de saisir comment les OCI et les ONG, ancrées dans leur environnement sociopolitique respectif au Nord et au Sud, ont su reproduire les règles institutionnelles au sein de leur relation de partenariat, tout en produisant de nouvelles règles susceptibles d'influencer ces environnements. Ces perspectives ont aussi permis d'analyser le pouvoir au cœur du processus d'institutionnalisation, un élément incontournable dans l'étude des relations Nord-Sud dans un contexte des rapports de pouvoir inégaux. Les approches de l'économie sociale et de l'économie solidaire permettent de caractériser les organisations ouvrant en coopération internationale au Nord et au Sud, et de rendre ainsi compte de leur ancrage dans les mouvements sociaux locaux et de leur paradigme de développement plutôt socioéconomique si elles se situent dans l'économie sociale, plutôt sociopolitique si elles se situent dans l'économie solidaire. Nous avons étudié les relations de partenariat de deux organisations de coopération internationale (OCI) au Québec, l'une issue de l'économie sociale et l'autre issue de l'économie solidaire, et avec cinq organisations non gouvernementales (ONG) au Guatemala. Nous avons rencontré vingt-quatre personnes directement et indirectement impliquées dans la construction des relations de partenariat. À partir de l'étude des représentations sociales véhiculées dans le discours des acteurs du Nord et du Sud, nous avons analysé d'une part les définitions du partenariat, et d'autre part, comment sont négociés les rapports de pouvoir au sein des relations de partenariat. Nous avons constaté que l'expérience de partenariat des acteurs de la coopération internationale dépasse largement les définitions techniques faisant référence à une nouvelle forme de coordination de l'activité socioéconomique. L'expérience de partenariat de nos répondants en est une de reproduction de rapports de pouvoir Nord-Sud, mais aussi de solidarité. En concordance avec les conclusions des études sur le sujet, les acteurs du Nord reproduisent les rapports de pouvoir Nord-Sud, notamment en imposant au sein de leurs relations de partenariat des règles institutionnelles provenant de leur environnement sociopolitique : les politiques de développement, les critères de sélection des programmes de développement et les conditions de financement de ces programmes. Les acteurs du Sud, quant à eux, doivent respecter ces conditions. Toutefois, les acteurs du Nord et du Sud construisent leurs partenariats en produisant de nouvelles règles institutionnelles au sein de leurs relations de partenariat, lesquelles se reflètent, d'une part, dans les mécanismes d'arbitrage du pouvoir qu'ils adoptent, et d'autre part, dans le partage du pouvoir entre les acteurs. Premièrement, nous avons constaté que les mécanismes d'arbitrage du pouvoir des acteurs du Nord visent à diluer leur pouvoir vis-à-vis leurs partenaires du Sud, tandis que les mécanismes d'arbitrage du pouvoir des acteurs du Sud visent à renforcer leur pouvoir. Ces mécanismes d'arbitrage reflètent non seulement une sorte d'imputabilité des OCI et des ONG vis-à-vis les mouvements sociaux locaux, mais aussi le respect du paradigme de développement hérité de leur ancrage particulier dans l'économie sociale et dans l'économie solidaire. Deuxièmement, en ce qui concerne le partage du pouvoir, les acteurs du Nord mettent au profit de leurs partenaires un savoir-faire et des ressources financières essentielles aux programmes de développement des acteurs du Sud. Ces derniers offrent, quant à eux, aux acteurs du Nord leur relation privilégiée avec les populations cibles, la connaissance du contexte et surtout un savoir-faire lié à une perspective de développement issue des populations elles-mêmes. Bref, les acteurs du Sud partagent avec les acteurs du Nord une source importante de pouvoir qui légitime leur raison d'être auprès des membres, donateurs et bailleurs de fonds dans leur contexte sociopolitique au Nord. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : coopération internationale, ONG, théorie interorganisationnelle, théorie institutionnaliste, économie sociale, économie solidaire, relations Nord-Sud, rapports de pouvoir, théorisation ancrée, représentations sociales, partenariat, compromis.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Pasquero, Jean
Mots-clés ou Sujets: 1950-1999 / 2000-2009 / Compromis / Coopération internationale / Économie sociale / Histoire / Institutionnalisme / Organisation non gouvernementale / Partenariat / Relations Nord-Sud
Unité d'appartenance: École des sciences de la gestion
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 02 juin 2017 13:34
Dernière modification: 02 juin 2017 13:34
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/9736

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