Généalogie de la médecine opératoire de l'obésité : une histoire de l'expérimentation en chirurgie gastro-intestinale XVIIe-XXe siècles

Gendron, Jean-Philippe (2016). « Généalogie de la médecine opératoire de l'obésité : une histoire de l'expérimentation en chirurgie gastro-intestinale XVIIe-XXe siècles » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en histoire.

Fichier(s) associé(s) à ce document :
[img]
Prévisualisation
PDF
Télécharger (56MB)

Résumé

En 1997, l'Organisation mondiale de la santé sonnait l'alarme et déclarait que l'obésité, ayant atteint les proportions d'une épidémie globale, menaçait la stabilité des systèmes de santé et laissait entrevoir, pour la première fois depuis des décennies, une décroissance de l'espérance de vie moyenne des populations humaines. Bien que l'obésité soit généralement considérée comme une maladie d'origine « bio-psycho-sociale », reposant sur un déséquilibre thermodynamique entre l'apport alimentaire et les dépenses caloriques, la chirurgie représente à ce jour le seul recours thérapeutique reconnu par la communauté médicale comme étant susceptible d'en prendre en charge les formes morbides les plus avancées. Pratiquées annuellement sur un demi-million de patients à l'échelle planétaire, les différentes procédures de la chirurgie bariatrique font de la médecine opératoire de l'obésité l'une des spécialités médicales connaissant en ce moment la progression clinique la plus forte, la plupart des pays occidentaux se dotant d'organismes pour en encadrer la pratique et en couvrir les frais. Réponse technique à un problème de santé complexe, la chirurgie de l'obésité a reçu ces dernières années une très forte attention médiatique et soulevé son lot de critiques – les historiens et les chercheurs des sciences sociales y voyant le plus souvent une tendance des sociétés modernes à médicaliser les différentes formes de la déviance. Du point de vue de l'histoire des pratiques médicales, cependant, la chirurgie de l'obésité relève aussi d'une transformation majeure des horizons d'application du traitement opératoire et fait apparaitre une redistribution fondamentale des conceptions scientifiques du corps, de la maladie et de la thérapeutique. Sans nier l'importance d'une étude des facteurs sociaux entourant l'implantation des différentes technologies médicales, la présente thèse prend plutôt le parti d'examiner les pratiques de recherche ayant conduit au développement de procédures destinées à permettre un contrôle chirurgical des fonctions métaboliques du corps humain. À cet effet, l'analyse croise trois perspectives de durées complémentaires. Considérée sur le long terme (1), la chirurgie gastro-intestinale s'ajuste au mouvement plus général de l'histoire de la médecine et de ses transformations d'ensemble. Réalisées au début du XVIIe siècle, les premières extractions de corps étrangers de l'estomac confrontaient en effet les doctrines humorales sur les bases d'observations empiriques, plaçant du même coup la médecine opératoire sur la voie de ses développements scientifiques ultérieurs. Les conceptions solidistes du corps qui en justifiaient le recours, en évoluant dans l'oncologie du XIXe siècle vers une théorie extractive, puis dans la cure de l'ulcère au XXe siècle vers une explication plus physiologique, permettent de mesurer combien la chirurgie bariatrique, en proposant de manipuler des organes sains en vue d'un bénéfice fonctionnel général, transforment les représentations traditionnelles de la légitimité opératoire. Abordés sous une problématique de moyenne durée (2), ces repositionnements successifs de l'expérimentation chirurgicale autour du cancer d'estomac, de l'ulcère peptique et de l'obésité révèlent par ailleurs le rôle central joué par un nombre restreint de procédures de gastrectomie et de gastro-entérostomie. Ils montrent qu'une redistribution de l'équilibre entre effets recherchés et effets secondaires d'une technique standardisée permet de la ramener au statut d'entité épistémique à investiguer – ou autrement dit de la rouvrir en tant que « boite noire » dans un nouveau système expérimental. Ces déplacements survenus dans les sciences chirurgicales n'ont guère fait l'objet d'énoncés théoriques qui en permettraient une appréhension générale et sont pour l'essentiel à analyser au niveau des pratiques de laboratoires qui les matérialisent. Cette situation implique le recours à un troisième régime de temporalité historique, de durée événementielle (3), qui donne les activités de recherche concrètes menées par les chirurgiens comme horizon privilégié de cette étude et leurs publications scientifiques comme principal corpus de sources. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Histoire, médecine, chirurgie, obésité, bariatrique, estomac, intestin, ulcère, cancer.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Keating, Peter
Mots-clés ou Sujets: Obésité -- Chirurgie -- Histoire / Tractus gastro-intestinal -- Chirurgie / Chirurgie opératoire / Médecine -- Histoire -- 1500-
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département d'histoire
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 08 sept. 2016 17:37
Dernière modification: 08 sept. 2016 17:37
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/8829

Statistiques

Voir les statistiques sur cinq ans...