Qu'est-ce que le sens? : lecture de la construction du sens dans Sein und Zeit de Martin Heidegger, et relectures contemporaines : angoisse, langage, image

Hope, Jonathan (2013). « Qu'est-ce que le sens? : lecture de la construction du sens dans Sein und Zeit de Martin Heidegger, et relectures contemporaines : angoisse, langage, image » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sémiologie.

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Résumé

Cette thèse porte sur le concept de sens. L'enquête est divisée en deux parties principales. J'examine d'abord comment le sens se développe dans la pensée de Martin Heidegger; j'analyse ensuite la manière dont le sens expose et succombe à ses propres lacunes. Le sens est conçu comme un principe harmonieux qui garantit l'intégralité de l'expérience vécue. Le sens se veut une solution unifiant l'Homme au monde, à son temps, à ses semblables. Dans son appellation la plus large et ses utilisations les plus répandues, le sens fonctionne comme une cheville, un élément conciliateur. De manière autonome et complémentaire, plusieurs penseurs ont ainsi conceptualisé le sens. Martin Heidegger (1889-1976) est un de ceux-ci. J'ai donc choisi d'ancrer mon étude dans son ouvrage le plus important : Sein und Zeit (1927). Plusieurs thèmes se partagent l'avant-scène de ce traité, dont celui d'herméneutique, la méthode originalement réservée à l'interprétation de textes, mais qui, sous la plume de Heidegger, porte sur l'interprétation de l'existence et par l'existence. On s'aperçoit rapidement que Heidegger est motivé par une ambition véritablement totalisatrice : le sens constitue la condition d'une quête grâce à laquelle l'existence renvoie à elle-même. Ainsi, Sein und Zeit est une sorte de Bildungsroman, un roman de formation. Le héros de ce roman a ceci de particulier qu'il est l'existence elle-même. Puis, vers la fin de Sein und Zeit, on apprend que le récit de l'existence individuelle fonde l'Histoire (la mémoire collective). Il y a donc une dimension étrangement politique au traité. J'ai choisi cet ouvrage comme pierre angulaire de ma thèse pour plusieurs raisons. D'abord, ce traité constitue l'opus magnum de l'auteur. Il se démarque du reste de son œuvre et peut même – avec quelques lectures complémentaires bien choisies – être lu comme le synopsis à la fois détaillé et essentiel de la pensée de Heidegger. Mais si j'ai choisi de mener mon étude à partir de Sein und Zeit, c'est également pour l'influence considérable qu'a eue le traité depuis sa publication, dans plusieurs domaines du savoir. Des philosophes de diverses traditions se sont intéressés à ce monument du 20c siècle : autant les penseurs continentaux que les pragmaticiens américains, les Occidentaux que les non-Occidentaux. Enfin, de manière encore plus importante, ce traité a su rallier des chercheurs des autres disciplines : non seulement des historiens et des géographes, des littéraires et des artistes, mais aussi les chercheurs en sciences de la vie et dans les sciences pures. Pourtant, ce n'est pas le caractère dit « incontournable » de Sein und Zeit qui m'intéresse, mais le côté, dirais-je, « obscur » de l'œuvre. Malgré l'intention totalisatrice de sa pensée – ou, plus correctement, à cause de cette intention – Heidegger n'a pas pu empêcher qu'une erreur, philosophique et politique, se produise. En effet, il a considéré la montée du Nazisme comme un instant de vérité qui devait réunir l'ensemble des existences, avec le monde et avec le temps. Et c'est justement l'erreur, l'égarement, l'événement accidentel qui échappe à l'emprise du système, qui me convaincra de la nécessité d'interroger la supposée « primauté » du sens. Contrairement à la première partie de la thèse, monolithique, consacrée uniquement à Sein und Zeit, la seconde partie est composée de fragments. Il s'agit d'un montage d'idées dont l'objectif est de refléter la multiplicité des problèmes générés, et tus, par le sens. Je prête donc la voix à plusieurs autres penseurs, notamment Jacques Lacan, Giorgio Agamben et Walter Benjamin. Mais les problèmes relatifs au sens débordent largement la sphère de la stricte pensée et, pour cette raison, je m'appuie aussi sur des romanciers, des peintres et des cinéastes – notamment James Joyce, Marguerite Duras, Giorgio de Chirico, Sergueï Eisenstein et Gus van Sant. L'idée, c'est d'opposer à la pensée unique sanctionnée par Heidegger, un objet conceptuel protéiforme et hétérogène. Au fil de l'analyse, le sens paraît de moins en moins capable d'assurer l'identité de la pensée. Là où Heidegger voyait une identité en devenir, créatrice d'elle-même – héroïque – il ne reste que des miettes, des bribes et des débris. Le récit est pulvérisé et l'existence, morte. Une autre subjectivité doit prendre forme. Pour finir, l'Histoire (la mémoire collective) se libère de l'emprise de l'existence et s'organise autour des images : le raconter cède sa place au montrer.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Delvaux, Martine
Mots-clés ou Sujets: Heidegger, Martin / Sein und Zeit / Signification (Philosophie)
Unité d'appartenance: Faculté de communication
Faculté des arts > Département d'histoire de l'art
Faculté des arts > Département d'études littéraires
Faculté des sciences humaines > Département de philosophie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 07 avr. 2016 18:25
Dernière modification: 07 avr. 2016 18:25
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/8085

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