Profils d'expériences de contrôle des femmes en maisons d'hébergement : variations des violences, des blessures, des conséquences psychologiques et des motivations pour utiliser la violence

Lemelin, Jacinthe (2014). « Profils d'expériences de contrôle des femmes en maisons d'hébergement : variations des violences, des blessures, des conséquences psychologiques et des motivations pour utiliser la violence » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

Devant la variété de manifestations de violence retrouvées entre partenaires intimes, l'élaboration de typologies permettant de classifier différentes dynamiques violentes est devenue un domaine d'investigation grandissant au cours des deux dernières décennies. Parmi les typologies les plus influentes, Johnson (1995, 2008; Johnson & Ferraro, 2000) a proposé une classification des dynamiques basée sur les patrons de contrôle coercitif (subi et perpétré) présents dans la relation. Cette classification propose quatre catégories : (a) la violence situationnelle, (b) le terrorisme intime, (c) la résistance violente et (d) le contrôle mutuel violent. Si ces dynamiques violentes se distinguent principalement par la présence de contrôle subi et perpétré, chacune d'entre elles est également associée à des patrons différents de violence (Johnson, 2006, 2008). En dépit de l'intérêt qu'a généré cette typologie, les dynamiques de contrôle pouvant être retrouvées auprès des femmes en maisons d'hébergement ont été peu documentées. En outre, l'existence d'une variabilité à l'intérieur même des dynamiques relationnelles proposées est de plus en plus relevée (Stark, 2006). Afin de mieux documenter cette diversité, l'étude de divers facteurs pouvant être associés aux dynamiques relationnelles de contrôle a été suggérée (Dutton, Kaltman, Goodman, Weinfurt, & Vankos, 2005). Parmi ces facteurs, les diverses formes de violence, les blessures physiques, les symptômes dépressifs et post-traumatiques, ainsi que les motifs invoqués par les femmes envers leur partenaire intime pour recourir à la violence physique ont été relevés comme pertinents. Cette thèse de doctorat a donc pour objectif principal de documenter empiriquement la variabilité des dynamiques violentes retrouvées auprès des femmes utilisatrices des services de maisons d'hébergement, ainsi que l'étude de divers facteurs pouvant leur être associés. Deux études complémentaires employant un devis transversal de type corrélationnel permettent de répondre à cet objectif. En se basant sur la typologie de Johnson comme cadre référentiel, le premier article vise à explorer si des profils distincts de contrôle coercitif subi et perpétré par les femmes peuvent être établis. Par la suite, un examen comparatif permet de documenter si ces profils varient sur la violence psychologique, physique et sexuelle subie et perpétrée. Le second article porte sur la comparaison de ces profils quant aux blessures physiques subies et perpétrées, aux symptômes dépressifs et post-traumatiques, ainsi que sur les motivations des femmes pour recourir à la violence physique envers leur partenaire. Pour répondre à ces objectifs, 152 femmes provenant de 30 maisons d'hébergement des provinces canadiennes du Québec et de l'Ontario ont rempli des questionnaires autorapportés. Les résultats obtenus pour le premier article ont permis l'identification de quatre profils d'expériences de contrôle : (a) le Terrorisme Sévère (n = 84, 56,0 %), (b) le Terrorisme Modéré (n = 39, 26,0 %), (c) le Terrorisme Mixte (n = 17, 11,3 %), et (d) la Violence Mixte (n = 10, 6,7 %). Trois de ces profils, soit le Terrorisme Sévère, le Terrorisme Modéré et le Terrorisme Mixte, regroupent des femmes rapportant des niveaux de contrôle subis plus élevés que ceux perpétrés. Ces profils ont donc été classifiés comme étant des sous-groupes de la dynamique terrorisme intime de Johnson (1995, 2008; Johnson & Ferraro, 2000). Le dernier profil, celui de la Violence Mixte, se caractérise par la présence de niveaux relativement similaires de contrôle subis et perpétrés par les femmes. Il a été classifié comme étant un sous-groupe de violence situationnelle. L'examen comparatif de ces quatre profils révèle qu'ils sont associés à des patrons distincts de violence subie et perpétrée. Plus spécifiquement, les taux de violence subie les plus élevés sont retrouvés dans les profils Terrorisme Sévère et Terrorisme Mixte. Toutefois, le Terrorise Mixte se distingue par des niveaux élevés de contrôle et de violence psychologique perpétrés par les femmes. Comparativement au Terrorisme Sévère et Mixte, le Terrorisme Modéré présente des niveaux de violence subie moins élevés et des niveaux très faibles de violence perpétrée. La catégorie Violence Mixte se distingue par les niveaux relativement similaires de violence subie et perpétrée. Les résultats du deuxième article indiquent que les profils se distinguent quant aux blessures mineures subies et perpétrées, ainsi que par rapport aux motivations d'abandon, d'humiliation, de jalousie et d'intimidation pour perpétrer la violence physique envers le partenaire. Pour les quatre profils, l'autodéfense et la colère demeurent les motivations ayant été les plus souvent invoquées. Toutefois, une proportion plus grande de femmes des profils Terrorisme Mixte et Terrorisme Sévère rapportent avoir subi des blessures mineures. Pour les blessures mineures perpétrées, une proportion plus grande est retrouvée dans le profil Terrorisme Mixte. C'est également pour ce profil qu'une proportion plus importante de femmes rapportent perpétrer de la violence physique envers le partenaire pour l'humilier, l'intimider, par jalousie ou encore parce qu'elles se sentent abandonnées. Aucune différence significative n'a été retrouvée entre les profils quant aux blessures majeures et aux symptômes dépressifs et post-traumatiques. En conclusion, les résultats de cette étude confirment que les femmes en maisons d'hébergement représentent une population marquée par des relations intimes très abusives et mettent en évidence la sévérité des difficultés auxquelles elles sont confrontées. De plus, les résultats de ces deux études réitèrent la pertinence de clarifier et de contextualiser les expériences violentes vécues par les femmes en maisons d'hébergement. Dans l'ensemble, les résultats de cette thèse contribuent à orienter de façon éclairée les décisions relatives quant aux stratégies de prévention et d'intervention à mener. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Violence entre partenaires intimes, typologies, maisons d'hébergement, formes de violence, blessures physiques, dépression, trauma, motivations

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Boucher, Sophie
Mots-clés ou Sujets: Violence entre partenaires, Femmes victimes de violence, Maisons d'hébergement pour femmes, Typologie (Psychologie), Contrôle (Psychologie)
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 22 juin 2015 12:39
Dernière modification: 22 juin 2015 12:39
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/7059

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