La création artistique comme paradigme de la création de soi : une lecture de l'individualisme à la lumière de la critique artiste

Loszach, Fabien (2014). « La création artistique comme paradigme de la création de soi : une lecture de l'individualisme à la lumière de la critique artiste » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.

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Résumé

Si le but initial de cette thèse était d'analyser l'influence grandissante des valeurs de la création et de l'esthétique dans la culture occidentale – notamment au niveau identitaire – l'objet de recherche se précisant au fil de nos lectures, il nous est devenu de plus en plus évident que ces valeurs s'accordaient en fait à un tronc socioculturel commun qui avait tous les attributs d'une contre-modernité. Ainsi, l'objet de cette thèse s'est transformé pour devenir la compréhension et l'analyse de cette contre-modernité (ou contre-culture de la modernité) à laquelle nous avons donné le nom de « critique artiste ». En empruntant aux méthodes de l'histoire culturelle et grâce à l'outil heuristique de l'idéaltype légué par Max Weber, nous montrerons que cette critique s'organise autour de plusieurs dénominateurs communs qui reviennent systématiquement depuis presque 250 ans. L'objectif sera d'identifier les sources ainsi que les « principes axiaux » ou principes directeurs de la critique artiste et de montrer comment elle se reconfigure au tournant des années 1960 en perdant sa dimension critique, mais en devenant parallèlement un des supports les plus importants de la construction identitaire contemporaine. Dans une première partie, nous construirons méthodologiquement un idéaltype de la modernité sociale telle qu'elle se configure tout au long du XIXe siècle sur les bases d'une triple révolution – scientifique, économique et politique. À la lumière de cette démonstration, nous procèderons ensuite à l'élaboration de l'idéaltype de la critique artiste de cette modernité en tentant de bien mettre en relief les points de contact et de ruptures qui le caractérisent. En remontant dans la littérature aussi loin que les premiers écrits romantiques de Hamann à la fin du XVIIIe, pour ensuite poursuivre successivement vers notre époque actuelle en passant par les textes de jeunesse de Karl Marx des années 1840, le dandysme et la bohème entre 1840 et 1860, la genèse de l'art moderne à partir de 1850-1860, ainsi que l'œuvre de Nietzsche des années 1870, nous démontrerons que la critique artiste présente toujours deux faces par rapport à la modernité sociale : l'une négative, l'autre positive. Dans sa face négative, la critique artiste dénonce l'éthos de la modernité, elle rejette la société industrielle, la rationalité, les institutions bourgeoises, la démocratisation des conditions. La face positive valorise quant à elle l'aspect qualitatif de l'identité, la recherche de sa propre singularité qui permet de lutter contre l'anonymat de la société moderne. C'est ce que nous nommerons l'individualisme esthétique, ou la création artistique comme paradigme de la création de soi. D'autre part, la critique artiste assigne à l'art un rôle politique, anthropologique et ontologique fondamental : celui d'exercer une fonction compensatoire contre les dégâts que provoquent la modernité sociale. Dans la critique artiste, l'art fonctionne comme un outil de résistance. Une fois ces outils méthodologiques et heuristiques mis en place et commentés, nous pourrons enfin comprendre comment cette critique se développe et se transforme jusqu'à nous. À ce sujet, nous analyserons en profondeur les années 1960 que nous qualifierons d'années de rupture. En effet, dans les années 1960, la critique artiste gagne du terrain et se renouvelle autour d'une critique de l'aliénation et de la technocratie. La face positive de la critique artiste consacre toujours le sujet comme une « subjectivité radicale » et fait plus que jamais de l'art, un outil de résistance au capitalisme. Toutefois, cette dernière professe désormais trois valeurs fondamentales : la participation, la communication, la réalisation. Dans la dernière partie, notre analyse nous amènera à démontrer comment la critique artiste a en fait malgré elle perdu son horizon critique au tournant des années 1980 pour accorder ses valeurs à celles du libéralisme économique et philosophique. En conclusion, nous verrons que la critique artiste fonctionne à la fois comme un réservoir idéologique et comme une force motrice du nouveau capitalisme. Elle donne naissance à un nouvel idéal moderne : l'individu créatif, sorte de figure idéale qui concentre les valeurs de l'homo ludens, de l'homo oeconomicus, de l'homo communicans et de l'homo democraticus. Ce modèle de la réalisation de soi décrit un individu libre, autonome, créatif, imaginatif, flexible, capable de s'engager dans des projets et de se réaliser en même temps qu'il se réinvente sans cesse. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : critique artiste, individualisme, individualisation, modernité, histoire des idées, postmodernité, hypermodernité, économie créative, homo oeconomicus, consommation expérientielle.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Jacob, Louis
Mots-clés ou Sujets: Contre-culture, Création artistique, Critique, Histoire, Identité (Psychologie), Individualisme, Modernité, Postmodernisme, Réalisation de soi
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de sociologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 01 juin 2015 19:39
Dernière modification: 01 juin 2015 19:39
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/6949

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