Ombres d'exil : du dessin-scène par nuages de points à l'émergence de transagirs micropolitiques

Courier de Mèré, Camille (2022). « Ombres d'exil : du dessin-scène par nuages de points à l'émergence de transagirs micropolitiques » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études et pratiques des arts.

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Résumé

Les instabilités provoquées par les changements climatiques et les contextes politiques contraignent à l’exil des dizaines de millions de personnes (Baillat, 2018). Le nombre d’humain.e.s ayant à démanteler ce qui faisait leur vie et tenter de la re-bâtir ailleurs, augmente exponentiellement. Constatant l’urgence d’élaborer une connaissance expérientielle des exilé.e.s et à diffuser leurs savoirs, dans ce « temps des catastrophes » (Stengers, 2009), j’ai exploré comment leurs expériences peuvent être perçues en tant qu’enrichissement par les sociétés d’arrivée. Ma thèse en recherche-création est construite sur le partage de mon approche du dessin, ce que j’appelle le dessin-scène par moindres gestes, lors d’ateliers-laboratoires avec des personnes en parcours d'exil. En ce sens, j’ai mené en 2019 une série de séances de dessin avec un organisme actif auprès d’immigrantes à Montréal. La situation proposée permettait aux participantes exilées d’expérimenter le mode de dessin hybride que je pratique, en traçant leur ombre portée, en grand format. Cette thèse explore les transformations dans l’invisibilisation de certaines exilées, en observant des dessins par nuages de points performés en pratique collective. La thématique récurrente de mes créations ausculte le lien entre ombre et image du corps. Le partage de mon approche du dessin avec des médiums traditionnels est prolongé par une pratique numérique du dessin par captation de mouvement. Comparant les effets des gestes de dessiner son ombre portée réalisés, j’ai exploré comment ils évoluaient au fur et à mesure des séances de dessin collectives qui ont eu lieu au sein de l’organisme communautaire Petites-Mains (P-M). Décrivant la relation que tissaient les participantes entre leurs expériences de dessiner et l'invisibilisation socio-politique souvent vécue par les immigrant.e.s (Huët et Manac’h, 2018), j’ai cherché si la performativité (Butler, 2016) des gestes de dessiner changeait, au gré de ces ateliers-laboratoires. Avec le groupe de participantes rencontrées via P-M, nous avons explicité comment la relation entre ces médiums de dessin et leurs gestes de dessiner produisait des agirs, souvent dissensuels, par rapport aux assignations spatiotemporelles et sensibles subies par les néo-arrivant.e.s dans la société québécoise. Pour rendre compte de la dynamique réticulaire propre à ces agirs, le concept de transduction (Simondon, 1958 ; Deleuze, 1980) s’avère probant. Traversant un milieu de rencontres qui éclipse l’orientation, l’échelle physique et la force gravitationnelle, démultiplie les réseaux et la circulation de ces nuages de points et associe de nouveaux actant.e.s dès le début du processus de création (De Paoli, 2006), ma thèse explore la transformation de l’invisibilisation de l’exilé.e par le geste de dessiner. Saisir les modalités du geste de dessiner par nuages de points se mue en amplification transductive (Trudel, 2016), associant la personne qui dessine, le milieu technique et un contexte micropolitique (Deleuze et Guattari, 1980). L’approche micropolitique de la connaissance développée dans cette thèse vise à décrire un processus qui ne constitue pas « une manière de faire la politique, mais plutôt une façon de se donner la possibilité de comprendre et de chercher une position qui ne soit pas déterminée à l’avance » (Zapperi, 2010, p. 118) dans le sillage de la définition élaborée par Félix Guattari et Suély Rolnik (2007). Le processus transductif permet aussi de témoigner au plus juste du caractère distribué (Bennett, 2011) et non prédictible des gestes de dessiner expérimentés. Les approches méthodologiques se concentrent sur l’engagement dans un processus incarné (Chilton et Leavy, 2015). L'heuristique et le récit de pratique permettent de saisir la force des expérimentations. Ces approches se combinent à la méthodologie de la conception pour les environnements numériques (De Paoli, 2006). La cueillette de données recourt à la cartographie comme opérateur d’exploration et de découverte (Sibertin Blanc, 2015) et s’accorde à la dimension expérimentale du projet. Cartographier permet aussi de comparer les gestes de dessiner en réfléchissant aux interfaces mobilisées entre production artistique, recherche technologique et innovation sociale (Fourmentraux, 2011). Ma recherche-création a élaboré les processus de création partagée et perfectionné la portée micropolitique des gestes de dessiner dans un contexte d’exil, en pratique collaborative. Comme artiste praticienne et pédagogue, je propose des manières d’agir alternatives répondant aux réalités actuelles de l'exil au moyen du dessin, pointant l’émergence de transagirs. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Gestes de dessiner, nuages de points, ombre portée, exil, transduction, micropolitique, pratique collaborative, transagirs.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Trudel, Gisèle
Mots-clés ou Sujets: Dessin / Gestes / Ombres portées / Corps humain et technologie dans l'art / Exil dans l'art / Création collective / Processus de création / Mémoires et thèses de création
Unité d'appartenance: Faculté des arts
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 25 févr. 2022 12:01
Dernière modification: 25 févr. 2022 12:01
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/15189

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