Trouble de personnalité limite ou pathologies de la naissance psychique : appréhender la personnalité et ses pathologies depuis une perspective anthropologique développementale

Issa, Bilal (2020). « Trouble de personnalité limite ou pathologies de la naissance psychique : appréhender la personnalité et ses pathologies depuis une perspective anthropologique développementale » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

Le Trouble de Personnalité Limite, ou TPL, est devenu ces dernières décennies non seulement un phénomène clinique majeur, mais aussi un enjeu de santé publique encore trop souvent sous-estimé. Tant par la complexité de son évaluation et de sa prise en charge que par l’instabilité de ses manifestations, le TPL interroge, suscite crainte, détresse, stéréotypes et isolement autant pour l’individu qui en souffre que pour son entourage. Parmi l’histoire de la psychiatrie moderne, les pathologies de la personnalité semblent ainsi prendre de plus en plus de place, incarnant de véritables défis cliniques quotidiens, irréductibles à la classification nosologique catégorielle ou aux modèles cliniques actuels opérationnalisés en trois lettres. L’objectif de cette recherche vise alors à favoriser un autre regard sur le phénomène du TPL, moins réducteur et moins stigmatisant, depuis une exploration anthropologique appliquées à l’étude de la personnalité et de ses pathologies. À partir de l’histoire et de la philosophie des sciences, nous proposons ici de questionner la valeur des grands paradigmes depuis lesquels nous approchons la condition humaine ainsi que l’origine de ses psychopathologies afin de mieux saisir la complexité du TPL. Cette thèse constitue ainsi une invitation à découvrir ou redécouvrir les fondements d’une perspective anthropologique développementale, perspective que nous identifions en fond de la psychanalyse, à travers trois essais consacrés respectivement aux oeuvres de trois pédiatres, psychiatres et psychanalystes du XXe siècle : René Spitz, Margaret Mahler et Donald Winnicott. Par l’exploration des premières années de la vie et des étapes précoces du développement psychique, nous évoquons l’existence d’une naissance psychique différée et diphasée, co-construite selon les dispositions offerte par le premier entourage, les parents. Ce n’est seulement qu’à l’issue de cette seconde naissance propre à l’espèce humaine que s’achèverait alors la formation d’un sens de soi et d’une réalité objective, c’est-à-dire sociale. La vie est en effet loin de représenter un cadeau pour celui qui la reçoit. Arrivé à terme beaucoup trop tôt, l’être humain dispose de bien peu d’habiletés personnelles à la naissance. Depuis un tel état, la réalité ne peut se présenter à chaque nouveau-né que sous la forme d’une menace avec laquelle il n’est possible d’interagir que de manière partielle et précaire. Quand, parmi son entourage, le nourrisson parvient à rejoindre une source de soin qui compense sa vulnérabilité constitutive, il est autorisé à évoluer à travers une première posture égocentrique et autosuffisante plus rassurante, mais illusoire. Lorsque la réalité est ainsi introduite d’une manière qui soit recevable, l’être humain peut compter pour un temps limité, sur un mode de gestion des pulsions libre, non coordonné et asocial. Ceci permet d’apaiser des tensions autrement insurmontables. La présence d’un partenaire symbiotique, d’un Moi auxiliaire, d’un environnement facilitateur, déjoue alors temporairement les exigences de la réalité, le temps que chaque enfant puisse acquérir par lui-même les moyens de les surmonter d’une manière plus civilisée, c’est-à-dire sans que cela ne se fasse au détriment de son entourage. Lorsque tout se passe bien, l’être humain qui ne peut d’abord être amoureux que de lui-même et de tout ce qui pour lui s’y rattache, se détourne progressivement de son orbite symbiotique, et en dépit de sa condition qui ne s’y prêtait pas vraiment, finit par tomber amoureux du monde : il peut enfin percevoir à quel point ce monde est beau, et à quel point il est bon d’y vivre en tant que personne séparée. Inspiré d’une relecture de l’héritage psychanalytique, le modèle développemental de la naissance psychique revient précisément sur une transition qui nous concerne toutes et tous en cela qu’elle marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. Cette transition abondamment décrite par la clinique analytique au siècle dernier et mise en scène à travers les grands récits mythologiques des civilisations pré-modernes en Occident, évoque les étapes menant d’une première condition indifférenciée et dominée par des activités pulsionnelles autocentrées, vers une forme d’existence progressivement différenciée où ces activités pulsionnelles peuvent être mises au service de relations constructives et mutuelles avec un monde séparé, un non-soi. Le TPL revisité comme trouble de cette seconde naissance autrement dit, un traumatisme développemental, suppose alors la persistance anachronique de ces premières formes d’être-au-monde immatures, le prolongement d’un état de survie particulièrement précaire qui est pourtant à la racine même de l’existence humaine. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Trouble de personnalité limite, Psychiatrie, Philosophie des sciences

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF / A.
Directeur de thèse: Gilbert, Sophie
Mots-clés ou Sujets: État-limite (Psychiatrie) / Troubles de la personnalité / Développement de la personnalité / Psychologie et anthropologie / Naissance psychique
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 15 juill. 2021 13:41
Dernière modification: 15 juill. 2021 13:41
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/14410

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