L'événement discursif paupériste, lutte contre la pauvreté et redéfinition du politique en Amérique Latine : Chili, Mexique, Venezuela (1910-2006)

Penafiel, Ricardo (2008). « L'événement discursif paupériste, lutte contre la pauvreté et redéfinition du politique en Amérique Latine : Chili, Mexique, Venezuela (1910-2006) » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en science politique.

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Résumé

Cette thèse cherche à analyser les conséquences politiques du surgissement du thème de la lutte contre la pauvreté dans les années 1980 en Amérique latine, notamment dans l'espace public du Chili, du Mexique, et du Venezuela. L'opinion courante et la littérature scientifique dominante sur le sujet voient, dans le surgissement d'un consensus mondial autour de l'éradication de la pauvreté, une prise de conscience du problème sous l'effet de l'aggravation des indices de pauvreté, un gage de son éventuelle solution et une remise en question des Programmes d'ajustement structurel ou du Consensus de Washington. Pourtant, comme il est montré dans cette thèse, le surgissement du thème de la lutte contre la pauvreté répond à des conditions de possibilité (Foucault, 1969) particulières qui -loin de représenter une remise en question des réformes économiques et politiques (Market Oriented Reforms) implantées dans les années 1980 et une réhabilitation du rôle de l'État -tendent à construire une forme de représentation du politique (Corten, 1999) qui permet la légitimation, la pérennisation, l'approfondissement et l'internalisation desdites réformes. Le consensus mondial sur la lutte contre la pauvreté est alors interprété comme un événement discursif (Foucault, 1969) qui tend à professionnaliser (techniciser, dépassionnaliser), à internationaliser et à privatiser les différentes langues politiques (Faye, 1971 ; Corten, 1999) du continent, déplaçant ainsi les frontières du politique. L'événement discursif paupériste acquiert ainsi une valeur de version narrative active (Faye, 1971) qui assume le passage d'une forme populiste de représentation du politique -fondée sur la figure légitimante du peuple et sur l'énoncé originaire de la demande (Corten, 1999) -vers une nouvelle forme de langue politique post-populiste structurée autour des figures de la stabilité, de la bonne gouvernance et de la pauvreté, soutenant l'instauration d'un nouvel énoncé originaire: celui de l'aide et de son corollaire, les besoins. L'événement discursif paupériste assume ainsi, à travers son processus de circulation et de mise en acceptabilité (effet de récit) (Faye, 1971) un profond déplacement des positions énonciatives (Sarfati, 2005) et actantielles (Greimas, 1983) constitutives de la scène de représentation des forces et se présente comme une force hégémonique (Laclau et Mouffe, 1985) dans un champ discursif (Maingueneau, 1983) peuplé d'autres versions narratives concurrentes avec lesquelles il entre en lutte pour le sens. Pour soutenir cette thèse, nous avons développé une méthodologie, basée sur les théories de l'énonciation -telles qu'interprétées par l'école française d'analyse du discours ainsi que sur le modèle actantiel -propre à la sémiotique de l'école de Paris -, que nous avons appliquée à deux corpus de textes. Le premier de ces corpus, se rapportant aux principaux locuteurs de la pauvreté (institutions internationales, gouvernements, partis politiques, ONGs, etc.) entre 1980 et 2006, permet d'aborder le fonctionnement du discours de lutte contre la pauvreté (formation discursive paupériste) ; alors que le deuxième corpus, se référant aux discours présidentiels du Chili, du Mexique et du Vénézuéla entre 1910 et 2006, permet non seulement d'identifier et d'établir le fonctionnement de la formation discursive populiste -avec laquelle le discours de lutte contre la pauvreté entretient d'intenses relations dialogiques (Bakhtine / Todorov, 1981) et antagoniques (Laclau) -, mais surtout d'analyser le passage d'une forme populiste vers une forme post-populiste de représentation du politique. L'analyse comparée de ces deux périodes et de ces trois pays nous permet de montrer comment, dans les trois cas abordés, l'impératif catégorique de lutter contre la pauvreté permet d'induire de profonds changements dans la représentation -et par le fait même dans les pratiques -du politique sans avoir toutefois à les justifier autrement que comme une contrainte morale relative au caractère outrageant de la pauvreté. Ainsi, alors que dans le discours populiste la légitimité des acteurs politiques s'établissait en fonction de leurs capacités à porter ou à répondre à des demandes sociales (ou populaires), établies en fonction de catégories semi-corporatistes structurant les rapports de forces autour de relations de production ou de pouvoir (haut/bas, interne/externe, public/privé) médiatisées par l'État, à l'inverse, dans le discours paupériste, la légitimité des acteurs politiques s'établit en fonction d'un savoir abstrait et général sur les besoins (c'est-à-dire sur des seuils minimaux de consommation), élaboré par des experts internationaux, statuant sur les meilleurs moyens pour réduire la pauvreté dans un contexte postulant l'efficacité et la nécessité d'un marché ouvert et libéralisé ou mondialisé, ainsi que l'inefficacité ou l'inaptitude de l'État, et du politique en général, à agir sur le plan économique. Le surgissement du thème de la lutte contre la pauvreté se dévoile ainsi comme une force idéologique engendrant une nouvelle langue politique tendant, paradoxalement, à dépolitiser (techniciser) les rapports entre « forces ». Bien au-delà des variations des niveaux de pauvreté, les enjeux politiques du consensus mondial autour de la lutte contre la pauvreté se situent sur le plan de la construction des scènes politiques dans leur ensemble, déterminant qui seront leurs acteurs légitimes, leurs objets de valeur et leurs enjeux cruciaux. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Amérique latine, Lutte contre la pauvreté, Populisme / post-populisme, Analyse du discours, Idéologies et comportements politiques, Représentation du politique, Changements de langue politique.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Corten, André
Mots-clés ou Sujets: 20e siècle, 2000-2009, Analyse du discours, Discours politique, Gouvernance, Lutte contre la pauvreté, Pauvreté, Politique gouvernementale, Populisme, Amérique latine, Chili, Mexique, Venezuela
Unité d'appartenance: Faculté de science politique et de droit > Département de science politique
Déposé par: RB Service des bibliothèques
Date de dépôt: 27 nov. 2008
Dernière modification: 01 nov. 2014 02:07
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/1389

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