La relation mère-fille dans Décalogue VII ("Tu ne voleras point"), de Krzysztof Kieslowski une interprétation psychanalytique et herméneutique

Desrochers, Angèle (2019). « La relation mère-fille dans Décalogue VII ("Tu ne voleras point"), de Krzysztof Kieslowski une interprétation psychanalytique et herméneutique » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

La relation mère-fille offre un modèle relationnel à la fois unique et universel. Elle tisse l'histoire de chacun d'entre nous, elle constitue aussi un thème souvent abordé en psychothérapie. Dans cet essai, nous réfléchissons aux relations familiales par le biais du cinéma. Le cinéma, particulièrement celui du polonais Krzysztof Kieslowski, offre ce lieu fictif, à l'abri de la quotidienneté, pour imaginer d'autres manières possibles d'être-au-monde. L'œuvre recrée la réalité en lui donnant une signification nouvelle, elle invite le spectateur à répondre, à son sens, par une proposition d'existence. Dans cet esprit, notre essai propose un dialogue, à distance, avec le Décalogue VII. Notre conversation adopte un regard psychologique qui interroge la signification des actions et des passions des personnages à partir d'une part, d'un point de vue psychanalytique qui fait voir ce qui se cache, parfois, derrière les ambitions les plus nobles. Nous tenterons de comprendre comment le désir d'être mère peut conduire à l'usurpation de la maternité de sa fille. À travers les ratés du deuil originaire, nous verrons apparaître, au cours du processus du deuil d'un unisson tout-puissant, le pivot autant de la relation à l'altérité de nous-mêmes, aussi appelé ipséité, qu'à celle de l'altérité d'autrui. L'orientation psychanalytique déchiffre, dans l'intrigue, les ruses du désir, elle démasque les tenants et les aboutissements d'une relation incestuelle. D'autre part, une perspective herméneutique fait apparaître ce qui s'en vient dans ce qui est. En ce sens, l'enlèvement de la fille par la mère incarne la distinction entre la certitude d'être, le défaut d'être par soi et le devoir être. Il résulte d'un sentiment d'indignation exprimant la violation d'une relation antérieure. De plus, le sentiment d'indignation révèle les dimensions éthiques et morales de la relation filiale. Il annonce, à travers les sentiments de haine et de sympathie, la structure intersubjective du respect à la base de toute relation humaine. Par ailleurs, la confusion des générations offre l'occasion de mettre en lumière ce qui différencie génétique, générationnelle et généalogique. Abordé sous l'angle d'une lutte pour la reconnaissance, l'enlèvement situe les ennemies dans un rapport de force, il fait de l'initiatrice de la lutte un interlocuteur valable. Par la lutte, l'instigatrice témoigne d'une affirmation d'elle-même et dans sa revendication, elle présume de la valeur de l'ennemi ce qui l'oblige à une autolimitation d'elle-même. En outre, la lutte est aussi demande d'être reconnu dans le regard de l'autre. L'objet estimé chez autrui et dont nous demandons la confirmation pour nous-mêmes, nous l'appelons l'humanité. La quête de valoir dégénère, parfois, en passion de l'honneur. Dans la dérive passionnelle racontée, dans le Décalogue VII, la maternité devient la totalité désirable. Présenter l'enlèvement comme une revendication de justice fait voir la reconnaissance comme ce qui la précède et ce qui lui succède. En effet, toutes les deux visent une égalité des sujets, mais la première se soucie d'une égalité de valeur et la seconde d'une égalité de droits. De plus, à la justice il manque la sollicitude qui se préoccupe du déni de reconnaissance subi par la victime et de l'impasse dans laquelle elle se trouve. Ainsi, l'enlèvement fait apparaître la reconnaissance, la justice et la sollicitude comme des composantes indispensables à la création d'un espace de rencontre. Le compromis proposé, en réponse à la demande, redistribue le pouvoir sans reconnaître l'imputabilité et la responsabilité de l'usurpatrice. En faisant fi de l'ordre générationnel, il présente la responsabilité comme une potentialité humaine dont l'effectivité découle de la vulnérabilité ontologique et de la manière dont les hommes se traitent entre eux. Le refus du compromis peut être interprété comme une affirmation de valeur, d'autonomie et de liberté. Il exprime un "pouvoir faire" dont l'actualisation dépend des forces et des vulnérabilités personnelles ainsi que de celles reliées à l'environnement familial, social et culturel. Au terme de la conversation avec le Décalogue VII, une réflexion sur la négativité fait apparaître la négation seconde comme condition de l'ipséité. Si nous comprenons la psychothérapie comme l'art de la rencontre, l'écriture de cet essai contribue au domaine de la psychologie en ce qu'il offre un point de vue signifiant invitant à son dépassement dans un nouveau dialogue. Celui-ci constitue le lien qui réunit ce que le refus du lien symbiotique avait séparé. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : cinéma, deuil originaire, antoedipe, incestualité, respect, reconnaissance, quête de valoir.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: L'essai a été numérisé tel que transmis par l'auteur.
Directeur de thèse: Thiboutot, Christian
Mots-clés ou Sujets: Krzysztof Kieślowski / Dekalog / Mères et filles au cinéma / Maternité au cinéma / Psychanalyse et cinéma
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 25 juin 2020 16:39
Dernière modification: 25 juin 2020 16:39
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/13379

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