Impacts de deux insecticides à risques réduits sur un prédateur envahissant et sur son compétiteur indigène

Cabrera Blanco, Paula (2019). « Impacts de deux insecticides à risques réduits sur un prédateur envahissant et sur son compétiteur indigène » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sciences de l'environnement.

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Résumé

L'évolution des pesticides chimiques de synthèse utilisés en agriculture se caractérise par une série de remplacements successifs des groupes chimiques. La réévaluation et le retrait des pesticides avec des impacts élevés pour la santé humaine et pour l'environnement ont encouragé le développement de pesticides dit « à risques réduits ». Ces derniers sont des composés réputés avoir un moindre impact pour la santé humaine et l'environnement et plus de sélectivité par rapport aux pesticides conventionnels. Toutefois, cette sélectivité n'est pas toujours confirmée par des recherches indépendantes. Au Québec, où 10 % des pesticides utilisés en agriculture sont des insecticides, deux prédateurs généralistes couramment observés dans les systèmes agricoles sont confrontés aux « insecticides à risques réduits » (IRRs) ; la coccinelle maculée, Coleomegilla maculata (DeGeer), indigène de l'Amérique du Nord et la coccinelle asiatique, Harmonia axyridis Pallas, une des espèces d'arthropodes les plus envahissantes à travers le monde. Dans l'assemblage de coccinelles, la coccinelle asiatique s'avère une espèce dominante, car elle possède plusieurs traits avantageux par rapport aux autres espèces, tels son agressivité, sa voracité, son taux reproducteur, son habilité à s'adapter à différents environnements et également son statut de prédateur intraguilde. La prédation intraguilde est considérée comme l'un des facteurs déterminant le succès d'invasion de la coccinelle. Toutefois, malgré la dominance de la coccinelle asiatique, la coccinelle maculée demeure l'espèce indigène la plus courante dans les cultures où les deux prédateurs se rencontrent. Dans le cas des vergers de pommiers, les deux coccinelles sont présentes durant la période des traitements insecticides dirigés contre le carpocapse de la pomme, Cydia pomonella (L). Le chlorantraniliprole (Altacor® 35 WP) et le novaluron (Rimon® 10 EC), sont deux insecticides à risques réduits, ovicides et larvicides, avec des modes d'action différents, utilisés pour lutter contre le carpocapse de la pomme. Le chlorantraniliprole appartient au groupe chimique de diamides anthraniliques et cause la paralyse musculaire des insectes, tandis que le novaluron est un inhibiteur de synthèse de la chitine de la famille chimique de benzoylurées. Les effets toxiques de ces deux composés sur la coccinelle maculée et la coccinelle asiatique ne sont pas connus et on ne peut pas prévoir les implications pour leurs populations. Alors, l'objectif principal du présent doctorat est de comparer la susceptibilité de la coccinelle indigène C. maculata et de la coccinelle envahissante H. axyridis aux insecticides à risques réduits Altacor® (chlorantraniliprole) et Rimon® (novaluron). L'effet létal et les effets sublétaux des insecticides sur les deux espèces de coccinelles ont été évalués en laboratoire. L'effet létal sur les œufs a été estimé par voie topique, par voie trophique/ingestion et par voie résiduelle pour les larves. Les effets sublétaux sur la reproduction des coccinelles ont ensuite été examinés suivant l'exposition des adultes aux proies traités avec les insecticides. Il a été constaté que le chlorantraniliprole a un effet létal et des effets sublétaux négligeables sur les deux espèces de coccinelles et que le novaluron s'avère toxique uniquement pour la coccinelle asiatique. Ainsi, cet insecticide a causé de la mortalité sur plus de 90 % des larves, par voie topique et orale et a réduit de 30 % la fécondité et de 80 % la fertilité de cette espèce. Par contraste, les larves de la coccinelle maculée n'ont pas été affectées par le novaluron et aucune réduction de la performance reproductive de cette espèce n'a été constatée. Étant donné que la prédation intraguilde (IGP) est un facteur majeur contribuant à la dominance de la coccinelle asiatique sur ses compétiteurs (dont la coccinelle maculée) au sein des guildes d'ennemis naturels, l'effet de l'insecticide novaluron a été évalué sur la valeur adaptative de ce comportement pour chacune des deux coccinelles. Des larves de premier stade (proie intraguilde) de chaque espèce ont été offertes aux larves de deuxième stade larvaire de la seconde espèce (prédateur intraguilde) et le développement de ces dernières a été suivi jusqu'au stade adulte. Cette expérience a révélé qu'en présence du novaluron, la valeur adaptative de l'IGP pour la coccinelle envahissante est complètement perdue, tandis qu'elle est conservée chez la coccinelle indigène. Ceci implique que la coccinelle indigène peut s'attaquer à des stades vulnérables de la coccinelle envahissante même contaminées, alors que le contraire n'est pas vrai, l'espèce envahissante perd le bénéfice de la prédation. Néanmoins, il a été démontré que lorsque la coccinelle envahissante est le prédateur, la proie intraguilde (coccinelle indigène moins affectée par l'insecticide) est capable de neutraliser l'insecticide après un certain temps, ce qui redonne la valeur adaptative de l'IGP pour le prédateur intraguilde (coccinelle envahissante susceptible à l'insecticide). Au niveau appliqué, cette étude a généré de l'information d'intérêt pour la lutte intégrée et pour la compatibilité entre le contrôle naturel et la lutte chimique, car connaître l'impact des insecticides sur les ennemis naturels est essentiel. Au niveau fondamental, cette étude est la première à démontrer l'impact d'un pesticide sur la valeur adaptative de la prédation intraguilde, et de ce fait sur les interactions intraguildes entre espèces envahissantes et indigènes. À partir de nos résultats, nous pouvons spéculer sur la baisse (voire la disparition) de la dominance de la coccinelle asiatique dans les guildes aphidiphages soumises à des traitements avec le novaluron. Il apparait également essentiel de considérer la régie phytosanitaire des systèmes agricoles dans les évaluations des risques d'introduction des agents de lutte biologique exotique. Enfin, à la lumière des résultats, l'attribution du statut d'insecticide à risques réduits ne peut pas être généralisée pour l'ensemble des insectes et l'information générée par cette étude questionne les exigences d'homologation des insecticides à risques réduits. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Insecticides à risques réduits, espèce envahissante, Harmonia axyridis, Coleomegilla maculata, susceptibilité, mortalité, fécondité, fertilité, prédation intraguilde.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Lucas, Éric
Mots-clés ou Sujets: Ennemis naturels / Effets des insecticides / Coccinelle maculée / Coccinelle asiatique / Espèces introduites / Vulnérabilité (Écologie) / Prédation intraguilde / Carpocapse de la pomme / Lutte biologique
Unité d'appartenance: Instituts > Institut des sciences de l'environnement (ISE)
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 01 mai 2019 11:57
Dernière modification: 01 mai 2019 11:57
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/12476

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