La liberté contre l'État : la part autochtone de l'histoire de la pensée politique

Cyr, Marc-André (2018). « La liberté contre l'État : la part autochtone de l'histoire de la pensée politique » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en science politique.

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Résumé

Cette thèse a pour thème la liberté telle que la conçoivent les peuples autochtones d'Amérique du Nord-est (Haudenosaunee, Wendat, Anishinabes, Innus, les Attikamekw, les Abénakis et les Mi'gmaks). Comme le souligne l'anthropologue Pierre Clastres, les sociétés contre l'État vivent en égalité, elles ne connaissent pas le commandement ou la hiérarchie, ni la division entre les gouvernants et les gouvernés. Cette politique égalitaire (ou « communisme primitif ») est reconnue par les anthropologues depuis longtemps, de même que par nombre de penseurs anarchistes et de communistes « romantiques ». Seulement, au Québec comme ailleurs, l'analyse politique de ces formes politiques et de leurs impacts historiques est restée fort timide. Cette liberté contre l'État est loin des conceptions généralement admises par la pensée politique ancienne et moderne. C'est pour cette raison que l'historiographie ne permet pas d'en saisir les contours. À la recherche de l'État-nation, les historiens ont tendance à en écrire la genèse, au point où celle-ci constitue la trame principale à laquelle viennent se greffer les autres expériences historiques. Ce récit vient laminer la part autochtone de l'histoire politique. La téléologie nationaliste et progressiste nie la liberté contre l'État, la pousse à la marge, en fait l'envers du progrès. C'est cet anachronisme que nous avons constaté chez l'ensemble des écoles historiques québécoises (Montréal, Québec, moderniste, nationaliste, pluraliste, marxiste). Mais il existe d'autres approches en histoire politique. L'histoire « par le bas », l'histoire critique, les subalterns studies, l'ethnohistoire, l'anthropologie politique ou l'« autohistoire » autochtone. Ces modes d'analyse voient ce que l'histoire nationale a tendance à nier. Elle est critique de l'approche « par le haut » et de ses visées conservatrices. Elle remet en cause pratiquement toutes les institutions dominantes : la linéarité de leurs développements, leurs espaces, leurs victoires et leurs défaites. Cette histoire prend en compte la parole des « exclus », des « sans-voix ». Elle cadre notre analyse à partir des axiomes suivant : 1) il est possible d'écrire une histoire des idées et des modes d'être des déclassés qui n'est pas celle de la grande histoire de l'État et de l'élite; 2) cette histoire n'est pas « nationale » ou « progressiste » pas plus qu'elle n'est « essentialiste »; 3) elle ne s'intéresse pas seulement à la résistance ouverte, mais aussi aux « arts de la résistance »; 4) elle adopte la position du dominé dans ses explications et compréhension des processus historiques. Cette approche permettra, et c'est notre (double) hypothèse : 1) de porter un nouvel éclairage sur les conceptions généralement admises de la liberté et du pouvoir politique; 2) de saisir en quoi cette liberté contre l'État transforme notre vision de l'histoire du Québec. Cette analyse de la liberté commence par une précision conceptuelle des concepts utilisés : autorité, pouvoir sur, pouvoir d'agir, etc. Ces précisions permettront d'analyser le fonctionnement et la structure sociale et politique indigène : la chefferie, les conseils, les Anciens, les chamans, les femmes, les guerriers et les confédérations. Nous verrons alors que le pouvoir d'agir des Autochtones est précieusement protégé par ces derniers, qui justifient leur liberté dans la tradition des Anciens. Certains philosophes ne sont cependant pas d'accord avec cette analyse. Selon Cornelius Castoriadis (et d'autres) la religion empêcherait les Autochtones d'être libres. Elle refuserait l'« autonomie » en fondant le politique dans un ailleurs inatteignable au commun des mortels. Les sociétés contre l'État ne seraient donc pas autofondées, car elles n'institueraient rien. Tout, pour elles, serait déjà là. Sans être totalement fausse, nous verrons que cette critique de Castoriadis n'est pas, à l'inverse, totalement juste. Les Autochtones n'ont pas figé pour toujours leur avenir dans le passé. Leur « religion » n'est pas celle d'Europe. Ils se sont donné les moyens d'avoir une prise sur leur destinée et de préserver leur pouvoir d'agir. Les rêves, les fétiches, les mythes et les prophètes participent à cette autonomie. L'égalité étant une condition de la liberté contre l'État, nous constaterons que cette dernière n'est pas sans limites. Les Autochtones vivent dans un univers largement différentialiste en ce qui a trait aux genres et où les inégalités économiques ou d'âge ne sont pas radicalement absentes. Est-ce possible de parler d'égalité dans un tel contexte? C'est ce qui ce chapitre nous permettra de vérifier. Nous terminerons par une réflexion critique à propos de l'histoire nationale, de ses biais et de ses oublis systématiques. Nous verrons que la prise en charge de cette liberté dynamite une grande part du récit nationaliste. Autrement dit, la prise en compte de la politique autochtone dans l'histoire donne à voir de nombreuses expériences niées par le grand récit national : des métissages, des alliances originales, des « zones refuges » et des résistances. Saisir la liberté contre l'État, c'est voir la part autochtone de l'histoire politique. Telle est l'ambition de cette thèse. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Autochtone, Wendats, Haudenosaune, Innus, les Abénakis et les Mi'gmaks, indigène, liberté, égalité, autonomie, communisme primitif, État, société contre l'État, résistance, femme, Amérique du Nord-est, histoire nationale, téléologie, résistance, zone refuge.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Dupuis-Déri, Francis
Mots-clés ou Sujets: Autochtones -- Amérique du Nord (Est) -- Politique et gouvernement / Liberté / Pouvoir / Autonomie / État / Québec (Province) -- Histoire
Unité d'appartenance: Faculté de science politique et de droit > Département de science politique
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 23 juill. 2018 14:45
Dernière modification: 23 juill. 2018 14:45
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/11450

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