Individualisme méthodologique et néo-libéralisme chez Friedrich Hayek, Muray Rothbard et James Buchanan

Prévost, Jean-Guy (1990). « Individualisme méthodologique et néo-libéralisme chez Friedrich Hayek, Muray Rothbard et James Buchanan » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en science politique.

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Résumé

Le néo-libéralisme est-il la conséquence politique de l'individualisme méthodologique? En d'autres termes, un accord avec les préceptes de l'individualisme entendu comme méthode d'analyse des phénomènes sociaux (primauté des actions individuelles, importance des conséquences non voulues, refus des concepts collectifs) entraîne-t-il logiquement une adhésion à l'individualisme politique et normatif dont les néo-libéraux se font les champions? Ou, à l'inverse, le refus de celui-ci doit-il entraîner un rejet du premier? Telle est la question qui guide notre examen des thèses centrales de trois auteurs représentatifs du courant néo-libéral : Friedrich Hayek, Hurray Rothbard et James Buchanan. L'importance de l'individualisme méthodologique pour chacun de ces trois auteurs ne fait guère de doute : d'une part, ils invoquent ses vertus heuristiques à l'appui de leurs théories positives, ce qui bien sûr ne manque pas de rejaillir sur leurs conclusions normatives; d'autre part, c'est au nom même de l'individualisme méthodologique qu'ils contestent la validité des théories et conclusions qui leur sont adverses, arguant de l'irrecevabilité du collectivisme méthodologique qui inspirerait celles-ci. La question posée est d'autant plus pertinente qu'un Hayek ou un Rothbard n'hésitent pas à présenter l'individualisme méthodologique comme la base intellectuelle de l'individualisme politique, qu'un Buchanan prétend établir la primauté de la liberté individuelle sur un fondement purement méthodologique, sans jamais faire appel à des arguments d'ordre métaphysique ou utilitariste. Il convient donc de se demander si les explications et prescriptions formulées par Hayek, Rothbard et Buchanan procèdent scrupuleusement des préceptes mentionnés plus haut ou si l'on peut au contraire déceler dans leur argumentation le recours à des a priori extra-méthodologiques ou encore des glissements, voire des dérives, vers des modes d'explication tout autres. Les trois analyses qui constituent le corps de cette thèse illustrent l'échec de ces auteurs à fonder leurs recommandations politiques sur la seule base de prémisses méthodologiques. Ainsi, l'on peut repérer chez Hayek deux mouvements divergents : d'un côté, il y a l'économiste qui argue de la capacité du marché à coordonner ainsi qu'à générer un grand nombre d'informations et demeure effectivement dans les bornes du programme tracé par les préceptes de l'individualisme méthodologique; de l'autre, il y a le philosophe social qui, prétendant généraliser l'analyse précédente à l'ensemble des règles et institutions sociales, propose désormais une théorie évolutionniste où la sélection de ces règles et institutions tient à l'avantage qu'elles procureront à l'ensemble du groupe et où les actions des individus ne s'expliquent plus par les buts que ceux-ci se fixent mais par les normes qui gouvernent leur conduite. Or, selon que l'on privilégiera l'une ou l'autre de ces tendances, l'on pourra justifier des conclusions politiques différentes. Chez Rothbard, le recours à un mode d'explication se situant aux antipodes de l'individualisme méthodologique est très net : en affirmant que la domination de l'État tient à l'emprise de l'idéologie étatiste sur la majorité de la population, Rothbard ne nous offre rien de plus qu'une théorie de la conspiration, où à des manipulateurs omniscients et tout-puissants répondent des victimes opportunément naïves. Quand il se fait l'avocat de la société sans État, Rothbard suppose cette fois des individus dont l'indifférence au risque est peu crédible et en tout état de cause incompatible avec la configuration psychologique qu'il leur prête lorsqu'il cherche à légitimer le rapport salarial. De toute évidence, pour un auteur qui se réclame de l'individualisme méthodologique, Rothbard se retrouve encore une fois dans une position difficilement tenable. Le cas de Buchanan est plus complexe : d'une part, prenant pour modèle l'homo œconomicus, il nous propose une analyse économique de la politique où la croissance du Léviathan moderne apparaît comme une conséquence non voulue des actions rationnelles des individus; d'autre part, il s'efforce d'édifier une déontologie libérale dont les règles procéderaient de l'individualisme entendu comme méthode, mais dont la validité ne reposerait aucunement sur une préférence pour l'individualisme entendu comme norme. Pour faire du contrat social la source du droit et non l'inverse, Buchanan se doit de postuler l'égalité absolue de toutes les préférences, de professer à l'égard des valeurs un agnosticisme radical et de poser l'existence d'un consensus comme unique critère de justice, mais il ne peut en définitive justifier le statut privilégié qu'il attribue au consensus autrement qu'en invoquant un critère d'ordre axiologique et en accordant un poids supérieur aux préférences présentes sur les préférences passées. Il est donc exact de dire qu'individualisme méthodologique et individualisme politique sont logiquement indépendants : celui-ci ne peut être déduit de celui-là; il est possible de souscrire aux principes de l'individualisme méthodologique sans pour autant adhérer au credo libéral. Toutefois, en raison des parallèles qui existent entre les prescriptions de l'approche individualiste et certains éléments de l'argumentaire libéral, on peut dire que les auteurs libéraux bénéficient d'un effet idéologique qui conforte leurs conclusions normatives lorsqu'ils invoquent l'individualisme méthodologique. De façon plus générale, on peut considérer que l'entreprise de Hayek, Rothbard et Buchanan s'apparente, quoique de façon plus subtile, à celle des rationalistes et des utilitaristes qui cherchent à établir un libéralisme scientifique. Dans les deux cas, on retrouve la même volonté, sinon de circonvenir complètement la nécessité du choix éthique, du moins de minimiser l'importance des conflits entre les valeurs.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Liebich, André
Mots-clés ou Sujets: Friedrich August von Hayek / Murray Newton Rothbard / James M. Buchanan / Individualisme / Néo-libéralisme / Individu et société
Unité d'appartenance: Faculté de science politique et de droit > Département de science politique
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 13 avr. 2018 14:57
Dernière modification: 13 avr. 2018 14:57
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/11170

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