Saluzzo, Chloé
(2026).
« La retraite et le célibat volontaire chez Gabrielle Suchon » Mémoire.
Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en philosophie.
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Résumé
Ce mémoire s’intéresse aux rôles de la retraite et de la solitude dans le traité Du célibat volontaire ou la vie sans engagement publié en 1700 par Gabrielle Suchon (1631-1703). Elle y conçoit une troisième voie pour les femmes, distincte des engagements marital et religieux, dans l’espoir de leur offrir un statut civique reconnu leur permettant de se réaliser pleinement, en toute autonomie. En tant que femme philosophe sous l’Ancien régime, Suchon publie le Traité de la morale et de la politique en 1693 pour opposer aux discours savants et misogynes une démonstration rationnelle de l’égalité naturelle entre les sexes, tout en mettant en évidence la contingence sociale et politique du problème de l’inégalité de fait entre la condition des hommes et la condition des femmes : ces dernières, nous dit-elle, ne sont pas inférieures par nature, comme le prétendent les discours dominants; elles sont au contraire socialement infériorisées en étant privées de liberté, de science et d’autorité par la mauvaise coutume, les institutions maritales et ecclésiastiques, et l’intérêt des hommes à conserver leur pouvoir séculier, spirituel et domestique. Notre mémoire s’emploie dans un premier temps à analyser ce diagnostic de triple privation et l’état de contrainte, d’ignorance et de dépendance qui caractérise la condition des femmes. Cette analyse nous conduit en outre à examiner le concept d’engagement, le problème des voeux forcés, ainsi que les contraintes associées aux états du mariage et du cloître. Dans un second temps, nous définissons l’état du célibat volontaire à l’aune du traité de 1700, en montrant qu’il s’agit d’un modèle de retraite original, distinct des retraites spirituelle et mondaine caractéristiques du XVIIe siècle. Nous suggérons que le célibat volontaire se conçoit à partir des trois acceptions de la retraite contenues dans la première édition du dictionnaire de l’Académie française (1694), en ce que cette troisième voie repose sur 1) une action de retrait institutionnel; 2) un état d’abstraction; et 3) des lieux – intérieur et extérieur – de solitude assurant le développement rationnel, moral et spirituel des neutralistes. Enfin, nous évaluons la portée politique et féministe du célibat volontaire en examinant sous un angle pratique dans quelle mesure il peut émanciper les neutralistes de la contrainte, de l’ignorance et de la dépendance. Il s’agit ainsi de comprendre si et comment les neutralistes peuvent accéder à la liberté, à la science et à l’autorité, en faisant le choix d’une vie sans engagement.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Gabrielle Suchon, célibat volontaire, retraite, solitude, privation, émancipation des femmes