Rodrigue, Tobi (2026). « Le rôle de l'expérience de l'espace dans la (non)construction de l'identité entrepreneuriale : autoethnographie d'un travailleur autonome du savoir dans un espace de coworking » Thèse. Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en administration.
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Résumé
La modernité liquide entraine une certaine liquéfaction des structures du soi anciennement stables en faveur d’identités davantage ouvertes, expérimentales, fragmentaires, et constamment en transition, reflétant les dynamiques d’un monde externe plus volatile et en rapide transformation. Aux enjeux de la modernité liquide s’ajoute l’idéologie de l’entrepreneurialisme qui étend la logique entrepreneuriale à la vie sociale et oriente les aspirations et les actions des individus vers la poursuite incessante des idéaux entrepreneuriaux. Or, la figure du travailleur autonome du savoir est un cas de figure intéressant pour illustrer les dynamiques socioprofessionnelles qu’imposent la modernité liquide et le discours de l’entrepreneurialisme. En effet, lorsque nous considérons la forte croissance des travailleurs autonomes du savoir dans les dernières décennies, nous pouvons y déceler une incarnation des tensions et paradoxes liés à liquéfaction grandissante de la sphère socioéconomique. Dans un contexte où le travail se dissout et se nomadise, le travailleur autonome du savoir est une figure à travers laquelle nous pouvons constater comment la dématérialisation, la déspatialisation, et même la détemporalisation du travail prennent forme et sous-tendent la modernité liquide. Les frontières entre travail autonome et entrepreneuriat se diluent; les identités de travailleur autonome et d’entrepreneur se distinguent difficilement et la figure du travailleur autonome du savoir souligne la complexité des constructions identitaires dans les intervalles. Une forme d’identité sociale qui se rattache au monde entrepreneurial est l’identité entrepreneuriale, un type d'identité que peuvent développer les individus engagés dans des activités entrepreneuriales et avec laquelle ils peuvent s'identifier comme entrepreneurs. C’est une dimension identitaire importante, car elle se rattache à la motivation, l'engagement professionnel, la légitimité, et la reconnaissance sociale des personnes engagées dans des activités entrepreneuriales. Cependant, même si les géographes ont démontré que l'expérience de l'espace est déterminante à la construction identitaire, la littérature actuelle ne permet pas de comprendre comment l'espace contribue concrètement à la construction de l’identité entrepreneuriale. Ainsi, ce projet de thèse s'intéresse à la fois aux effets de l'expérience vécue de l'espace sur la construction identitaire et à la manière dont les individus explorent, expérimentent, et construisent une identité entrepreneuriale à travers l'expérience de l'espace au quotidien. Dans une perspective processuelle de l'identité, les théories du jeu identitaire et du travail identitaire sont utiles pour étudier la construction identitaire. Nous pouvons également appréhender l'espace et les lieux du quotidien en tant que ressources cognitives, discursives et matérielles mobilisables dans la construction identitaire. Un type d’environnement spatial dans lequel les travailleurs autonomes du savoir font de plus en plus le choix de travailler est l’espace de coworking, un phénomène planétaire intéressant à prendre en compte pour le projet de connaissance proposé à travers cette thèse. En effet, l’espace de coworking représente un lieu clé pour les travailleurs autonomes du savoir du 21e siècle, car ce type de tiers lieux permet une forme de reterritorialisation physique et géographique aux pratiques entrepreneuriales. Dès lors, il y a un axe de recherche fertile qui émerge au croisement de ce contexte sociospatial et du champ de l'entrepreneuriat, notamment en ce qui a trait à l'identité entrepreneuriale. Ainsi, cette thèse se construit autour de l'expérience vécue du coworking au quotidien par les travailleurs autonomes du savoir et leur construction de l'identité entrepreneuriale. Le terrain empirique de cette recherche prend ancrage dans un espace de coworking et la stratégie méthodologique se caractérise principalement par l'autoethnographie. Étant donné que cette recherche s'intéresse à la construction identitaire, un phénomène difficilement accessible de l'extérieur, car il est ancré dans la subjectivité individuelle, cette approche permet d'aller en profondeur dans l'observation de la construction identitaire au sein d'un travailleur autonome du savoir. Pour ce faire, une recherche énactive a été mise en oeuvre à travers la création d’une entreprise qui a permis au chercheur d'occuper un espace de coworking en tant que travailleur autonome pour une durée de douze mois. La collecte de donnée s'est déroulée sur une année, entre avril 2023 et mars 2024. Les contributions qui découlent de cette recherche s’articulent principalement autour de quelques éléments. Tout d’abord, la contribution centrale de ce projet de connaissance est la notion de chimère identitaire et la possibilité de la concevoir comme une forme d’illusion en ce qui a trait à l’identité entrepreneuriale. La chimère identitaire est un concept qui permet non seulement d’expliquer le phénomène de la construction identitaire à travers les phases d’émergence, d’expansion et d’épanouissement, des moments où la chimère identitaire est faite (doing), mais également à l’effondrement du théâtre de la chimère et du démantèlement (undoing) qui survient lors de la phase d’étiolement, ce qui mène ultimement à une déchimérisation identitaire. Ainsi, cette recherche doctorale dévoile la possibilité de considérer l’identité entrepreneuriale comme une forme de chimère identitaire, une illusion identitaire produite par l’imagination. Ensuite, cette recherche contribue également à la conversation scientifique portant sur les espaces de coworking à travers l’idée que le coworking peut être considéré comme un lieu d’entrepreneurialisation des identités et une atmosphère entrepreneuriale. Cela permet de réfléchir à ce type de lieu en fonction d’une ambiance et d’un milieu qui exerce une certaine influence sur la manière que les usagers ont d’y évoluer, que ce soit à travers le travail ou la socialisation. La notion de coprésence entrepreneuriale et les pratiques de spatialisation au sein de l’espace de coworking sont également des éléments qui s’ajoutent aux contributions de cette thèse. La coprésence entrepreneuriale est un type de coprésence qui peut alimenter l’expérience subjective des personnes qui occupent un espace commun tout en ayant le pouvoir de les influencer dans leurs activités socioprofessionnelles. Cette forme de coprésence peut ainsi stimuler un type de performance sociale en encourageant une forme de performance de soi. Finalement, cette thèse présente la possibilité de concevoir de ‘nouvelles’ formes de jeu et de travail identitaire qui sont ancrées dans l’espace. Il s’agit de la fabulation identitaire et de la projection identitaire. La fabulation identitaire est comprise comme l’action de se présenter comme réels des éléments relatifs à son identité qui sont le produit de sa propre imagination. C’est une expression imaginative créatrice et productrice de possibles identités, et c’est en ce sens que nous pouvons la caractériser comme une forme de jeu identitaire. La projection identitaire représente quant à elle l’action d’envoyer une partie de soi-même vers quelqu’un d’autre qui se trouve dans son environnement spatial. Elle constitue une forme de travail identitaire ancrée dans l’expérience spatiale, car elle a lieu à l’intersection de la personne et de son contexte spatial en lui permettant d’assurer une certaine continuité de son identité dans un contexte social. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : construction identitaire, coworking, entrepreneurialisme, entrepreneuriat, espace, identité, identité entrepreneuriale, spatialité, travailleur autonome du savoir
| Type: | Thèse ou essai doctoral accepté |
|---|---|
| Informations complémentaires: | Fichier numérique reçu en format PDF. |
| Directeur de thèse: | Germain, Olivier |
| Mots-clés ou Sujets: | Construction identitaire / Entrepreneuriat / Espace de travail partagé / Travailleurs autonomes / Travailleurs du savoir / Identité professionnelle / Espaces de travail |
| Unité d'appartenance: | École des sciences de la gestion |
| Déposé par: | Service des bibliothèques |
| Date de dépôt: | 28 mai 2026 07:15 |
| Dernière modification: | 28 mai 2026 07:15 |
| Adresse URL : | https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/20031 |
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