Wyrzykowski, Mikolaj
(2026).
« De la vocation pèlerine à l'esprit nomade : destin d'une poétique » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études littéraires.
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Résumé
Cette recherche, qui s’inscrit dans les études pèlerines et dans la théorie de la création, propose d’identifier et d’analyser les transformations de la poétique de Compostelle dans cinq romans des XXe et XXIe siècles. Nous soutenons que le pèlerinage chrétien, fondé sur un désir de se rapprocher de Dieu par un déplacement physique vers un lieu sacré, imprègne aujourd’hui certaines oeuvres de fiction malgré la sécularisation de la société. Or cette expérience du sacré, en s’ouvrant à l’esprit nomade, se manifeste sous des formes différentes. Pour les étudier, nous nous appuyons sur le modèle du Chemin de Compostelle qui, en tant qu’il incarne la trajectoire de l’Occident, imprègne la fiction littéraire de façon tant explicite qu’implicite. Le volet création de la thèse explore les fondements et le destin de cette poétique. En effet, si le sujet pèlerin actuel privilégie le cheminement davantage que la destination, l’écriture le traduit par l’emploi des topoï chrétiens au sens figuré, ainsi que par l’intérêt porté à la dimension relationnelle et kaïrotique du sacré. Le terme latin « peregrinatio », qui signifie « traverser le pays », est à la base de la conception médiévale de la vie chrétienne comme exil sur Terre et cheminement vers la Patrie Céleste. Au fil des siècles, ce parcours a été réduit au droit chemin, se figeant dans la littérature en une structure de quête jalonnée d’épreuves, imposée par l’arc dramatique. D’autre part, l’esprit nomade se trouve souvent associé à la liberté de toute structure, se détachant ainsi du nomadisme traditionnel compris comme un parcours circulaire et ritualisé consistant à se faire un territoire. Le corpus que nous avons choisi retourne aux racines de ces deux types de déplacements, en montrant leur possible coexistence dans le sens originel de la « peregrinatio ». L’analyse porte sur cinq romans : Le chemin Saint-Jacques (1996) d’Antonine Maillet, Thérapie (1995) de David Lodge, La route (2006) de Cormac McCarthy, Les pérégrins (2007) d’Olga Tokarczuk et Le partage des eaux (1953) d’Alejo Carpentier. Ces oeuvres, sans être les seuls exemples possibles, ont été retenues pour leur expression des transformations subies au cours des siècles par le Chemin de Compostelle, sur lequel nous fondons la poétique pèlerine. Ses composantes sont les suivantes : la Voie lactée symbolisant le chemin des origines ; l’exil du sujet et sa quête de l’Au-delà ; la topographie légendaire imprégnée de miracles et du passé mythique ; la communion avec le Tout-Autre ; le cheminement vers le Bout du Monde dans l’espoir d’une régénération. Dans Le chemin Saint-Jacques, la Voie lactée représente la quête du paradis perdu de l’enfance et la recherche des racines de l’Acadie. Thérapie privilégie la paraphrase, le pastiche et l’ironie pour décrire la topographie de Compostelle. Les personnages de La route traversent les vestiges d’un monde en ruine, nourrissant l’espoir de sa régénération une fois le Finis terrae atteinte. Les pérégrins illustrent la survivance des lieux saints et de la communion avec l’Autre sous la forme de rencontre avec autrui. Le partage des eaux narre une évasion au-delà du chronos vers le temps éternel (aiôn). Ces transformations marquent un changement de paradigme : la narration ne se déroule plus en ligne droite, mais en spirale, figure de prédilection du nomade. Celle-ci est mise en récit dans la partie création de la thèse : Constellations (Les Souvenirs de l’Avenir). Le roman se déroule par une nuit de tempête, lors de laquelle les clients et les serveurs se retrouvent coincés dans une auberge polonaise imaginaire. Le service répétitif devient alors liturgie : une possibilité pour le narrateur d’effectuer un pèlerinage vers ses origines. Le retour des souvenirs et des mots du polonais, déterritorialisés de l’Europe et reterritorialisés sous le ciel étoilé du Mont Mégantic, ritualise la narration. L’auberge de La Grande-Ourse, dont les soixante-deux tables correspondent aux chapitres du roman, devient un véritable sanctuaire postséculier : espace de condensation spatio-temporelle et de la polyphonie des voix, où a lieu le parcours centrifuge et centripète qui rend possible la rencontre entre l’ailleurs et l’ici. L’écriture, circulaire et fragmentaire, s’ouvre alors à l’esprit nomade.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : pèlerinage, sacré, nomadisme, christianisme, Au-delà, Maillet, Lodge, McCarthy, Tokarczuk, Carpentier, labyrinthe, kairos, altérité, mythe, Voie lactée, Saint-Jacques de Compostelle, Finisterre
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A. |
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Directeur de thèse: |
Brassard, Denise |
| Mots-clés ou Sujets: |
Pèlerinages dans la littérature / Nomadisme / Sacré / Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle / Romans / Mémoires et thèses de création |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des arts > Département d'études littéraires |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
28 avr. 2026 09:46 |
| Dernière modification: |
28 avr. 2026 09:46 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19959 |