Rainville, Marie-Claude
(2025).
« Caractéristiques personnelles et réussite éducative à la première session d'études collégiales des personnes étudiantes selon leur statut générationnel » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie (Essai doctoral).
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Résumé
Cette étude examine l’arrivée aux études postsecondaires et le rôle de facteurs psychologiques positifs et négatifs dans la réussite éducative selon que la personne étudiante est de première génération ou de génération continue. Le passage au cégep s’apparente souvent à une “rupture de contexte” (Wouters & De Ketele, 1993) : il bouscule les réseaux sociaux, exige une autonomie accrue sous l’effet de nouvelles normes institutionnelles et oblige à clarifier un choix vocationnel déterminant pour le développement identitaire et le futur professionnel de la personne. Pour les personnes étudiantes de première génération, ce défi s’intensifie en raison d’un déficit de capital social et culturel (Bourdieu, 1986; Coleman, 1988) ce qui ajoute une pression supplémentaire sur leurs ressources adaptatives. Dans cette optique, la réussite éducative est envisagée de façon holistique, puisqu’elle prend en compte l’adaptation personnelle, sociale et institutionnelle ainsi que le rendement scolaire. Le premier objectif de cette étude visait à comparer certaines caractéristiques personnelles et la réussite éducative selon le statut générationnel. Nous postulions que les étudiant·es de première génération présenteraient une estime de soi et une perception de compétence plus faibles, mais une certitude vocationnelle plus élevée que leurs collègues de génération continue, et que la présence de symptômes dépressifs et anxieux ainsi que le sentiment d’aliénation scolaire seraient également plus marqués chez eux (Wang & Castañeda-Sound, 2008 ; Drotos et al., 2019 ; Bouffard et al., 2012). Concernant la réussite éducative, nous prédisions que le statut de première génération serait associé à des mesures d’adaptation plus faibles, ainsi qu’à un rendement scolaire moindre à la fin de la première session, reflétant la vulnérabilité de ces personnes dans la gestion des exigences liées aux études postsecondaires. Considérant que ces variables sont sensibles aux différences de sexe, nous avons pris en compte ce facteur dans toutes les analyses. Un second objectif de l’étude visait à examiner le rôle modérateur du statut générationnel et du genre dans la réussite éducative. Nous avions prédit que les relations entre les caractéristiques personnelles positives et négatives et les indicateurs de réussite seraient plus fortes chez les étudiant·es de première génération que chez leurs collègues de génération continue (Aspelmeier et al., 2012 ; Bauer et al., 2023). L’étude réalisée aux fins de cet essai a porté sur 773 étudiant·es amorçant leur première session au cégep, dont 26 % (n = 200, 131 femmes) sont de première génération. Tous ont complété, à la mi-session d’automne 2019, un ensemble questionnaire comprenant 76 énoncés tirés d’instruments psychométriques valides. Les résultats montrent que, outre une certitude vocationnelle plus élevée, les personnes étudiantes de première génération affichent une perception de compétence, une adaptation globale et un rendement inférieur à ceux de leurs collègues de génération continue. Par ailleurs, plusieurs effets modérateurs confirment que le statut de première génération peut amplifier certaines difficultés touchant la réussite. Lorsque l’estime de soi est élevée, l’adaptation et le rendement sont comparables entre les groupes. Quand elle est faible, les personnes étudiantes de première génération présentent une adaptation personnelle et sociale plus faible et obtiennent des résultats scolaires inférieurs. Un schéma comparable apparaît pour le sentiment d’aliénation et les symptômes anxieux, où lorsqu’ils sont élevés, l’adaptation sociale des personnes étudiantes de première génération est plus faible que celle de génération continue. Aucune différence entre les deux types d’étudiants n’est observée lorsque ces caractéristiques sont faibles. Des effets impliquant le sexe sont observés lorsque les symptômes dépressifs ou anxieux sont élevés et sont associés à une adaptation personnelle et sociale faible chez les hommes. Dans le cas du sentiment d’aliénation scolaire, lorsqu’il est élevé, il compromet davantage l’adaptation des femmes. Les effets liés au sexe suggèrent que l’impact nuisible d’une caractéristique négative est accentué lorsque cette dernière va à l’encontre des normes de genre habituelles. En somme, être une personne étudiante de première génération aux études postsecondaires amplifie l’impact d’une faible estime de soi et d’un sentiment d’aliénation élevé sur la réussite éducative. Néanmoins, chez ces personnes, une certitude vocationnelle plus clairement définie constitue une ressource positive à valoriser. Les résultats de la présente étude soulignent l’importance, en particulier pour personnes étudiantes de première génération, d’envisager la réussite éducative dans une perspective élargie : celle-ci doit tenir compte non seulement du rendement scolaire, mais aussi de l’adaptation au nouveau milieu et de ses liens avec certains facteurs psychologiques. S’attaquer aux défis rencontrés par les étudiant·es de première génération relève non seulement de l’équité individuelle, mais également d’un intérêt collectif pour la société dans son ensemble. La réduction des inégalités sociales et l’amélioration de la persévérance scolaire dans cette population peut contribuer à renforcer la cohésion sociale, à favoriser la mobilité ascendante et à soutenir le progrès sociétal à long terme. L’atteinte de cet objectif suppose la mise en place d’interventions précoces, idéalement dès le secondaire, voire dès l’école primaire, afin d’atténuer les écarts scolaires associés au statut générationnel et de promouvoir des parcours éducatifs plus équitables (Wang & Castañeda Sound, 2008). Ces efforts doivent se poursuivre au niveau collégial, notamment en renforçant le sentiment de compétence et l’estime de soi chez l’ensemble de la population étudiante, avec une attention particulière portée aux besoins des étudiant·es de première génération. Enfin, les interventions doivent rester sensibles aux normes de genre, dans la mesure où les stéréotypes dominants modulent les effets du sentiment d’aliénation scolaire ainsi que des symptômes dépressifs ou anxieux sur la réussite éducative de manière différenciée selon le genre.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : personne étudiante de première génération, arrivée aux études postsecondaires, réussite éducative, différences sexuelles, estime de soi , perception de compétence, choix vocationnel, symptômes dépressifs, symptômes anxieux, aliénation scolaire, adaptation personnelle, adaptation sociale, attachement à l’institution, analyse de modération
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A. |
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Directeur de thèse: |
Bouffard, Thérèse |
| Mots-clés ou Sujets: |
Étudiants de première génération / Réussite éducative / Étudiants du collégial / Étudiants de première année / Transition secondaire-collégial / Différences entre sexes / Études postsecondaires |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des sciences humaines > Département de psychologie |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
10 févr. 2026 15:24 |
| Dernière modification: |
10 févr. 2026 15:24 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19622 |