Girard, Marianne
(2025).
« Agression sexuelle en enfance et violence en contexte de relation intime : l’expérience de la revictimisation chez les femmes adultes » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sexologie.
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Résumé
La documentation scientifique montre que l’agression sexuelle en enfance (ASE) chez les filles représente un important facteur de risque pour une multitude de conséquences négatives à court et à long terme sur la santé mentale et physique des survivantes. Parmi ces conséquences se trouve le risque accru de subir de la violence dans le contexte d’une relation intime à l’âge adulte, soit le phénomène de la revictimisation. Cependant, la plupart des études sur ce phénomène se sont intéressées à la revictimisation sexuelle uniquement, sans tenir compte du contexte relationnel. De plus, peu d’études récentes se sont intéressées aux corrélats (p. ex., les capacités du soi, qui sont les ressources personnelles permettant de faire face aux défis du quotidien) de la revictimisation, particulièrement au sein d’échantillons cliniques. Les écrits scientifiques ont donc négligé des éléments clés qui pourraient permettre de mieux distinguer les expériences variées des femmes survivantes d’ASE.
Ainsi, la présente thèse vise à répondre à la question : quelles sont les caractéristiques qui allient ou distinguent les expériences de revictimisation en contexte de relation intime chez les femmes survivantes d’ASE ? L’objectif général de la thèse est de mieux comprendre l’expérience de revictimisation en contexte de relation intime chez les femmes adultes survivantes d’ASE. Cet objectif se divise en trois sous-objectifs spécifiques : 1) identifier des groupes en fonction des expériences de victimisation chez des femmes adultes consultant en thérapie sexuelle, 2) examiner les associations entre le trauma interpersonnel cumulatif en enfance et la revictimisation en contexte de relation intime par l’entremise de l’altération des capacités du soi au sein d’un échantillon de femmes adultes survivantes d’ASE consultant en thérapie sexuelle, et 3) documenter les points communs dans la façon dont les femmes survivantes perçoivent, comprennent, trouvent un sens ou expliquent leurs expériences d’ASE et de revictimisation en contexte de relation intime, à travers l’analyse des études qui font état du discours des femmes à ce sujet. Ces objectifs ont orienté la rédaction de trois articles scientifiques au sein d’un devis mixte. Dans le premier article, des analyses de classes latentes ont permis d’identifier des classes au sein d’un échantillon de femmes adultes consultant en thérapie sexuelle (n = 628). Les résultats ont révélé trois classes : 1) Revictimisation par un·e partenaire intime (10,7% ; n = 67), 2) Agression sexuelle à l’âge adulte (38,7% ; n = 243), et 3) Peu d’expériences de victimisation (50,6% ; n = 318). Les femmes appartenant à la première classe rapportent davantage d’expériences de victimisation, surtout en contexte de relation intime, et démontrent plus de difficultés au niveau des capacités du soi comparativement aux autres classes. Les femmes appartenant à la troisième classe, à l’inverse, rapportent le moins d’expériences de victimisation et de difficultés au niveau des capacités du soi. Les résultats suggèrent que les difficultés au niveau des capacités du soi pourraient représenter des facteurs de vulnérabilité contribuant à la perpétuation du cycle de revictimisation chez les femmes survivantes d’ASE. Dans le deuxième article, des analyses acheminatoires ont permis d’examiner le rôle des capacités du soi dans l’association entre le trauma interpersonnel cumulatif en enfance et la revictimisation par un·e partenaire intime au sein d’un échantillon de femmes adultes survivantes d’ASE consultant en thérapie sexuelle (n = 247). Les résultats ont démontré que les capacités du soi altérées (difficultés émotionnelles et relationnelles) agissent comme mécanismes explicatifs partiels du lien entre le trauma interpersonnel cumulatif en enfance et la revictimisation physique et sexuelle par un·e partenaire intime (RC = 1,49 et 1,62). Cette étude suggère que les conséquences de l’ASE et des autres traumas interpersonnels en enfance sur les sphères émotionnelles, relationnelles et identitaires pourraient agir comme facteurs de vulnérabilité à la revictimisation chez les survivantes. Dans le troisième article, une métasynthèse a été réalisée sur les 15 études qualitatives portant sur l’ASE et la violence en contexte de relation intime chez les femmes répertoriées dans la documentation scientifique. L’analyse a permis d’identifier deux grandes catégories conceptuelles : 1) les obstacles à l’action : un système de croyances reflétant un sentiment d’impuissance apprise qui entrave la capacité des femmes à se protéger et à prévenir d’autres victimisations, et 2) une boussole interne brisée : des distorsions cognitives brouillant les capacités d’évaluation du risque et les repères, limitant leur habileté à rompre le cycle de la revictimisation. Les résultats soulignent l’importance de fournir aux survivantes des outils de prévention de la violence tels que de meilleures capacités d’évaluation du risque et de déconstruire le sentiment d’impuissance pour les aider à briser le cycle de la violence. Le dernier chapitre de cette thèse fournit une synthèse des résultats des trois études à l’aide d’un modèle conceptuel intégratif. Les résultats sont discutés à la lumière des ancrages théoriques du modèle du trauma au soi et du modèle de la revictimisation, ainsi que des études empiriques disponibles. Les travaux de cette thèse mettent en lumière les mécanismes impliqués dans la revictimisation en contexte de relation intime, tout en offrant des balises pouvant guider les mesures préventives et les pratiques d’intervention destinées aux femmes survivantes d’ASE en identifiant les marqueurs de fonctionnement pertinents à cibler. En conclusion, cette thèse offre des assises empiriques et théoriques pertinentes sur lesquelles les milieux de pratique peuvent s’appuyer pour accompagner les survivantes d’ASE dans leur processus de rétablissement psycho-sexo-relationnel et prévenir la revictimisation.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : agression sexuelle, traumas interpersonnels, violence entre partenaires intimes, capacités du soi, méthodologie qualitative, méthodologie quantitative, méthodologie mixte
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A. |
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Directeur de thèse: |
Godbout, Natacha |
| Mots-clés ou Sujets: |
Femmes victimes de violence / Violence dans les relations intimes / Victimisation / Agressions sexuelles à l'égard des enfants / Filles victimes d'abus sexuels / Enfants victimes d'abus sexuels devenus adultes / Trauma cumulatif à l'enfance |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des sciences humaines > Département de sexologie |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
09 févr. 2026 15:21 |
| Dernière modification: |
09 févr. 2026 15:21 |
| Adresse URL : |
https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19617 |