Keita, Alahassane
(2026).
« Repérage et continuité des facteurs de violence politique et institutionnelle au Libéria à travers la guerre civile de 1989 à 2003 » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.
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Résumé
Avec quelque 250 000 morts et plus d’un million de déplacés internes et externes, la guerre civile au Libéria, qui s’est déroulée entre 1989 et 2003, reste de loin l’un des conflits les plus violents de l’Afrique. À l’origine d’une crise économique, ethnique et foncière, cette guerre fut le prélude d’une longue période d’instabilité pour toute l’Afrique de l’Ouest. Le manque de volonté politique et l’incapacité des pays ouest-africains et de la communauté internationale à apporter une solution durable à ce conflit ont favorisé la déstabilisation en profondeur du Libéria, puis de l’ensemble des pays de la sous-région, dont il est encore difficile d’appréhender toutes les conséquences notamment : le sous-développement économique, le renforcement de la question migratoire et celle des réfugiés, le recul des investissements directs étrangers (IDE), la destruction des cellules familiales, l’ampleur de la corruption et du népotisme dans l’accès aux ressources naturelles, la circulation des armes et petit calibre, l’enracinement du crime organisé. Dans la compréhension de ces conflits, il serait pertinent de mobiliser des approches pluridisciplinaires : sociologiques (propagande, actions violentes des masses, pauvreté) ; psychologiques (frustration, agression, replis psychologiques) ; divergences politiques de puissances rivales, intérêts économiques, jeux des représentations et de replis identitaires statiques. L’extension des zones de conflits en Afrique est généralement inhérente à la fois à la résurgence des référents ethniques, identitaires, nationalistes ou religieux, la faiblesse institutionnelle, les faibles opportunités d’emploi pour les jeunes augmentant les risques d’enrôlement de ceux-ci dans les mouvements armés, l’éparpillement des populations dans des territoires échappant au contrôle de l’État et à la faillite des États et des souverainetés en déliquescence, l’ingérence des puissances régionales et occidentales et sans doute d’une mondialisation continue des organisations criminelles et internationales. Dans le même ordre d’idées, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) fait observer qu’entre 1989 et 2001, ce sont plus 40 000 enfants soldats1 qui ont été mobilisés par les différentes factions rebelles. Ceux-ci sont à la fois victimes et auteurs d’atrocités. S’agissant de leur intégration, le mécanisme Désarmement-Démobilisation-Réinsertion a certes été opérationnel malgré le déficit des moyens humains et matériels, mais la réinsertion de ces anciens combattants se faisait aussi à travers les procédés traditionnels basés sur des pratiques culturelles locales et sur des croyances ancestrales. Dans ce contexte, les guérisseurs traditionnels et certaines familles privilégiaient les rituels de purification dont l’objectif était de faciliter la réinsertion de ces enfants dans la société, favoriser la réconciliation au sein de la communauté et les soigner après plus d’une décennie passée dans le maquis. Ainsi, dans cette dynamique conflictuelle, le Libéria était perçu par plusieurs auteurs (Gazibo, 2010; Hugon, 2016) comme l’épicentre d’un arc de crise qui s’étend de la Côte d’Ivoire à la Guinée en passant par la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et le Burkina Faso. Arc de crise dont les fondements enchevêtrés sont ethniques, fonciers, économiques, politiques et institutionnels. Le déclin de l’État libérien caractérisé par le recours fréquent à la violence comme mode d’accès au pouvoir, la chute de tous les indicateurs sociaux et économiques, la déprédation des ressources nationales, etc., constituent sans conteste l’archétype de déconstruction de cet État dont on aperçoit très aisément la force de propagation sur les autres États de la sous-région. Cette échelle régionale des conflits est inhérente à la porosité de leurs frontières et surtout l’enchevêtrement et la juxtaposition d’enjeux (économiques, politiques, environnementaux et sociaux) en leur sein. Somme toute, en Afrique, l’analyse des conflits ethniques ne peut faire l’impasse sur celles des méthodes d’évitement, de gestion et de gouvernance. Dans ce continent, les relations internationales sont caractérisées par divers antagonismes qui s’entremêlent et complexifient les champs d’analyse. De fait, une première divergence oppose d’un côté, le principe de l’intangibilité des frontières, de l’autre, la conservation des tendances sécessionnistes croisées entre États voisins ensuite, le respect des peuples. Enfin, un deuxième antagonisme met aux prises le devoir d’ingérence et le solidarisme, les legs du néocolonialisme qui incitent à protéger les « précarrés » (par exemple la Françafrique2) autour des collusions héritées et reconduites et la realpolitik qui vise à se détourner des situations sans profit pour ne se concentrer que sur des espaces bénéfiques stratégiquement et économiquement. À cet égard, le Libéria pour les États-Unis est une parfaite illustration de ce « précarré » néocolonial.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : conflit, ressources naturelles, ethnie, foncier, État, impérialisme
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A. |
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Directeur de thèse: |
Jacob, Louis |
| Mots-clés ou Sujets: |
Libéria / Guerre civile / Analyse du risque / Exploitation des ressources naturelles / Relations interethniques / Droit foncier / État / Guerres civiles libériennes (1989-1996 et 1999-2003) |
| Unité d'appartenance: |
Faculté des sciences humaines > Département de sociologie |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
16 janv. 2026 14:51 |
| Dernière modification: |
16 janv. 2026 14:51 |
| Adresse URL : |
http://archipel.uqam.ca/id/eprint/19521 |