Benhadjoudja, Leila (2016). « Femmes et féministes musulmanes au Québec : enjeux de subjectivation et construction d'un savoir situé » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.
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Depuis le début des années 2000, de nombreuses controverses ont posé la question de la visibilité de l'islam au Québec, notamment par des débats sur la laïcité. Plusieurs polémiques ont impliqué les femmes musulmanes (crimes d'honneur, tribunaux islamiques, et autres) et ont contribué à les représenter comme les victimes d'un patriarcat islamique. Cette situation, qui n'est pas inédite au Québec et qui affiche de fortes similarités avec d'autres sociétés européennes, suggère des questions relatives au lien entre l'islam et l'agentivité des femmes. Cependant, il existe une littérature qui rend compte d'un féminisme musulman ou islamique dans différents pays, contrastant ainsi avec l'idée que l'islam constituerait une source d'oppression pour les femmes. Dans le contexte québécois, un nombre grandissant de femmes musulmanes milite dans l'espace public, notamment dans les réseaux féministes, mais peu de recherches les ont appréhendées comme des actrices politiques. Cette recherche veut combler cette lacune en rendant compte des multiples modalités de subjectivation des femmes et féministes musulmanes dans une société libérale, sécularisée et pluraliste comme le Québec. Autrement dit, je m'attache à comprendre la manière dont se construit le sujet femme/féministe musulman au sein des rapports de pouvoir à l'œuvre depuis la crise des accommodements raisonnables en 2006 jusqu'à la fin du débat sur le projet de loi 60 en 2014 (Charte des valeurs). Je propose donc une problématisation où, comme le montre Foucault, les sujets sont constitués dans un champ de force et ils sont traversés, voire « fabriqués », par les rapports de pouvoir. À l'instar des perspectives féministes postcoloniales, je ne prétends pas parler au nom des femmes musulmanes, mais je veux plutôt informer leurs discours et le situer dans le contexte québécois. Autrement dit, il ne s'agit pas de valider des catégories préexistantes, ni de dire ce qui est féministe ou ce qui ne l'est pas, mais bien de rendre compte du rapport qu'entretiennent les femmes rencontrées dans cette recherche vis-à-vis de leur militantisme et au(x) féminisme(s) à partir de leur propre point de vue et leurs propres expériences. Pour ce faire, j'utilise les catégories de féminisme(s), islam(s) et femmes musulmanes dans une perspective de savoir situé, où ma propre position de chercheure racisée est considérée dans ma méthodologie. Autrement dit, je m'inscris dans une perspective autoréflexive afin de mieux rendre compte des conditions de construction du savoir. Ainsi, face à un terrain et un sujet peu connus par la recherche, le choix d'une méthodologie basée sur la théorisation enracinée est apparu rapidement être le plus pertinent, car elle permet de théoriser à partir des données, favorisant la construction d'un savoir enraciné dans le phénomène à l'étude. Suivant une méthodologie basée sur des observations et des entrevues semi-dirigées, l'analyse des résultats rend compte de trois profils: 1) Les Québécoises « enracinées »; 2) Les converties « sans patrie »; 3) Les immigrantes « sans souche ». Ces trois subjectivités se construisent dans les tiers-espaces, dépassant les polarisations entre « Occident » et « Oumma ». Il est possible de saisir cette hybridité en l'appréhendant comme des figures de las mestizas (les métisses) (Anzaldua, 1987), où les subjectivités s'expriment au-delà des oppositions entre « Occident » et « Oumma », « soumission » et « résistance » (Mahmood, 2009). Le militantisme des femmes et féministes musulmanes se distingue par son caractère religieux et séculier, antiraciste et transnational. Je propose ainsi de mettre en lumière les termes de leur militantisme féministe (religieux et séculiers) ainsi que les discours et les pratiques que suggèrent leur subjectivation. Enfin, je mettrai en évidence la façon dont elles interrogent les conceptions dominantes du féminisme dans une perspective antiraciste et transnationale. Finalement, au dernier chapitre, je tenterai une interprétation sociopolitique de la position des femmes musulmanes comme sujet politique dans l'espace public au Québec en tant que « contre-public subalterne ». L'idée ici est de mettre en évidence les conditions de la prise de parole comme exercice de la citoyenneté, qui dans le cas des femmes musulmanes, engendrent des injustices épistémiques (Fricker, 2007; Medina, 2013). _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : féministes musulmanes, subjectivation, féminismes, Québec, savoir situé.
| Type: | Thèse ou essai doctoral accepté |
|---|---|
| Informations complémentaires: | La thèse a été numérisée tel que transmise par l'auteur. |
| Directeur de thèse: | Milot, Micheline |
| Mots-clés ou Sujets: | Musulmanes / Militantisme / Féministes / Féminisme / Islam / Québec (Province) |
| Unité d'appartenance: | Faculté des sciences humaines > Département de sociologie |
| Déposé par: | Service des bibliothèques |
| Date de dépôt: | 20 janv. 2026 14:19 |
| Dernière modification: | 28 janv. 2026 13:58 |
| Adresse URL : | https://archipel.uqam.ca/secure/id/eprint/19517 |
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