Impact de la pandémie sur la santé mentale d'un échantillon de résidents en médecine du Québec et mise en place d'une intervention de yoga pour pallier les difficultés psychologiques de cette population

Bélisle, Marie-Pier (2025). « Impact de la pandémie sur la santé mentale d'un échantillon de résidents en médecine du Québec et mise en place d'une intervention de yoga pour pallier les difficultés psychologiques de cette population » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

La résidence en médecine est une étape cruciale dans la formation des médecins, caractérisée par des exigences professionnelles intenses. Ce parcours est souvent associé à des taux élevés de dépression, d’anxiété, et d’épuisement professionnel (EP), avec des prévalences allant jusqu’à 43 % pour la dépression, 38 % pour l’anxiété, et 52 % pour l’EP avant même la pandémie de COVID-19 (Low et al., 2019; Mata et al., 2015; Rodrigues et al., 2018; Rotenstein et al., 2016; Tian-Ci Quek et al., 2019). Ces enjeux de santé mentale influencent non seulement la qualité de vie des résidents, mais aussi la sécurité des soins prodigués aux patients. L’épuisement professionnel est notamment corrélé à une augmentation des erreurs médicales (Lee et al., 2015). Une faible satisfaction de compassion (SC) et une fatigue de compassion (FC) accrue affectent également négativement les interactions médecin-patient (Sinclair et al., 2017). La pandémie de COVID-19 a exacerbé ces problématiques de manière significative. Les résidents ont dû faire face à une augmentation sans précédent des charges de travail, à l’exposition à des patients infectés, souvent dans des conditions de ressources limitées, ainsi qu’à des bouleversements dans leurs environnements d’apprentissage et de pratique (Khoodoruth et al., 2021; Steil et al., 2022). Ces défis, couplés à la perception individuelle de la gravité de la pandémie ont contribué à une détérioration de la santé mentale des résidents. Par exemple, au Canada, le taux d’EP chez résidents est passé de 38 % en 2018 à 53 % en 2021, révélant l’ampleur du problème (Association médicale canadienne [AMC], 2018, 2022). Dans ce contexte, ce projet de recherche visait deux objectifs majeurs. Premièrement, il cherchait à dresser un état des lieux de la santé mentale des résidents en médecine du Québec durant la pandémie, avant la disponibilité des vaccins, en se concentrant sur des variables comme l’EP, la FC, la SC, la dépression, et l’anxiété. Deuxièmement, il explorait la faisabilité et les effets d’un programme de yoga adapté, le Programme de yoga Bali pour résidents (PYB-R), conçu pour répondre aux besoins psychologiques spécifiques de cette population. Le projet s’appuie sur quatre cadres théoriques clés. Premièrement, le modèle exigences-ressources au travail de Demerouti, Bakker, Nachreiner et Schaufeli (2001) et de Bakker et al. (2004) permet d’expliquer comment l’EP se développe dans certains contextes en tenant compte de plusieurs facteurs. Notamment, il met l’accent sur les effets d’un déséquilibre vécu entre les exigences au travail et les ressources disponibles. Deuxièmement, la théorie de l’autodétermination (Ryan et Deci, 2000) postule que la satisfaction de trois besoins fondamentaux (l’autonomie, la compétence et l’affiliation) est essentielle au bien-être psychologique. Dans le contexte des résidents, le non-respect de ces besoins, en raison de l’intensité des pressions professionnelles, peut conduire à une motivation contrôlée plutôt qu’intrinsèque, et favoriser l’émergence de symptômes de détresse psychologique (Ryan et Deci, 2017). Troisièmement, le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman (1984) permet d’explorer le stress perçu comme un indicateur clé ayant aussi un effet sur la détresse psychologique vécue par les résidents exposés à des patients infectés lors de la pandémie COVID-19. Ces modèles seront particulièrement utiles pour éclairer la situation de santé mentale des résidents en médecine en période pandémique dans les hôpitaux. Quatrièmement, le modèle de Gard (Gard et al., 2014) permet d’expliquer comment le yoga agit comme un outil d’intégration ascendante et descendante pour améliorer la régulation émotionnelle et comportementale, et ainsi bénéficier à la santé psychologique des résidents en médecine. Le PYB-R a été conçu pour intégrer ces principes en combinant des postures de yoga, des pratiques de pleine conscience, et des séances de psychoéducation sur des thématiques comme l’autocompassion, la gestion de l’anxiété de performance, et les effets physiologiques du stress. Donné en ligne pour s’adapter aux restrictions liées à la pandémie, le programme visait également à tenir compte des contraintes d’horaires et de localisation des résidents. Il répondait à un besoin urgent, souligné par les lacunes dans la littérature existante, concernant des interventions flexibles, spécifiques à la population des résidents. Les hypothèses de l’étude incluaient que la détresse psychologique (EP, FC, dépression, anxiété) serait plus marquée chez les résidents ayant une perception plus négative de l’impact de la pandémie sur leur vie professionnelle et ayant été directement exposés à des patients infectés. En parallèle, il était attendu que le PYB-R réduirait ces symptômes tout en augmentant la satisfaction de compassion. Pour l’objectif 1, 55 médecins résidents du Québec de 11 spécialités différentes ont été recrutés, dont 53 qui ont complété les questionnaires suivants : questionnaire sur les conditions de travail, l’inventaire d’épuisement professionnel d’Oldenberg (OLBI), l’échelle de qualité de vie professionnelle révisée (ProQOL-21), le General anxiety disorder (GAD-7) et le Patient health questionnaire (PHQ-9) pour la dépression. Les prévalences de symptômes modérés à sévères de dépression (25%), d’EP (33%), d’anxiété (22%) et de FC (43%) sont élevées et similaire à celles du sondage de l’AMC (2022). La prévalence de la SC est particulièrement basse, avec 77% des résidents ayant une absence ou une faible SC. Les analyses de variances Kruskal-Wallis et les comparaisons post hoc de Dunn ont montré que la perception de l’impact de la pandémie sur la vie professionnelle semble être associée à l’intensité des symptômes dépressifs lorsque les résidents ont été exposés aux patients infectés par la COVID-19. Ainsi, les résidents exposés ont une intensité de symptômes de dépression plus élevée s'ils perçoivent un impact élevé sur leur vie professionnelle que si cet impact est perçu léger (Z=3.16, p=0.01, d de Cohen =1.53, rapport de risque [RR] = 16.04). Les analyses révèlent aussi que le groupe exposé ayant une perception d’un impact élevé présente une plus grande sévérité de symptômes de FC que les groupes non exposés, que la perception de l'impact soit élevée (Z=3.32, p=0.01, d=1.66, RR = 20.30) ou légère (Z=3.69, p=0.02, d=1.60, RR = 18.21) mais ne diffère pas statistiquement du groupe exposé/impact léger (Z= 1.91, p = 0.226, d = 0.79, RR = 4.19). De plus, une différence significative entre le groupe exposé/impact élevé et les groupes non exposés souligne que les résidents exposés aux patients infectés seraient plus engagés que leurs homologues (d = 1,37, RR = 12, et d = 1,29, RR = 10,38). Pour l’objectif 2, les données du même échantillon ont été utilisées. 53 (96,4 %) ont effectué l'évaluation avant l'intervention. L'évaluation post-intervention a été faite auprès de 43 résidents (78,2 %) et 39 (70,9 %) ont terminé toutes les phases (y compris le suivi après trois mois). La plupart étaient en première année (43,4 %) ou en deuxième année (32,1 %) de résidence. La majorité était des femmes (81,1%) avec un âge moyen de 28±3,6 ans. Le taux d'attrition pour l'achèvement du programme était de 19 %. Sur les 43 résidents qui ont complété le programme, 90,6 % ont suivi entre 6-8 séances. L'analyse de variance à mesures répétées (ANOVA) à trois moments (niveau de base, post programme et suivi après trois mois) a révélé une diminution des scores de dépression et d'anxiété, et une augmentation des scores de satisfaction de compassion. Aucun changement n'a été observé dans les autres variables psychologiques évaluées (épuisement émotionnel, EP et fatigue de compassion). Les analyses de variance ont également confirmé qu'une meilleure qualité de vie au travail initiale favorise un meilleur développement de la satisfaction de compassion suite à la participation au PYB-R, un facteur de protection contre la fatigue de compassion. 92,9 % des participants ont indiqué être satisfaits ou très satisfaits du programme. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : santé mentale, médecins résidents, qualité de vie au travail, COVID-19, yoga.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Dupuis, Gilles
Mots-clés ou Sujets: Santé mentale / Médecins résidents / Qualité de la vie au travail / Yoga / Pandémie de COVID-19, 2020-2023
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 15 janv. 2026 09:55
Dernière modification: 15 janv. 2026 09:55
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/19501

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