Leclerc, Typhaine
(2025).
« Se raconter pour se rétablir : analyse des processus narratifs soutenant le rétablissement psychosocial des femmes sinistrées par des inondations » Thèse.
Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat interdisciplinaire en santé et société.
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Résumé
Cette thèse porte sur les récits de femmes ayant vécu des inondations et sur la manière dont ces récits soutiennent leur rétablissement psychosocial. Les événements météorologiques extrêmes et les désastres qu’ils entrainent provoquent des conséquences psychosociales qui varient en fonction de différents facteurs sociaux, dont le genre. De même, le processus de rétablissement est modulé par ces facteurs et par les ressources matérielles et symboliques auxquelles ont accès les personnes sinistrées, notamment les récits qui donnent du sens à l’expérience vécue. Or, on constate que les narratifs médiatiques et culturels qui circulent au sujet des désastres ne sont pas représentatifs de l’ensemble des expériences de personnes sinistrées : celles qui en subissent les conséquences les plus sévères tendent à être celles qu’on « entend » le moins dans l’espace public. Le besoin de documenter un éventail d’expériences de désastre et de mieux comprendre les processus qui soutiennent le rétablissement psychosocial a guidé le développement de la recherche. Celle-ci est centrée sur les récits faits par les femmes exposées à des inondations en Beauce (Chaudière-Appalaches, Québec) à propos de leur expérience. Elle s’intéresse plus précisément aux histoires racontées par les femmes ayant vécu des inondations et à l’impact de ces récits sur leur reconstruction psychosociale. Le premier volet de la recherche vise à documenter ces récits d’inondation et les processus de rétablissement qu’ils révèlent et repose sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès de dix-sept femmes sinistrées. Le second volet a permis d’expérimenter la mise en place d’un espace de prise de parole dédié aux récits de femmes touchées par des inondations par la facilitation d’une démarche de création vidéo selon l’approche du digital storytelling de l’organisme StoryCenter. Les récits des participantes et leur retour sur le digital storytelling ont fait l’objet d’une analyse narrative féministe qui révèle les conséquences multiples des inondations et la manière dont les participantes ont mobilisé différentes ressources pour donner du sens à leur expérience et se rétablir. Les relations de genre dans lesquelles les femmes s’inscrivent, leurs responsabilités familiales, leurs identités, ainsi que d’autres facteurs sociaux entrecroisés, ont influencé leur expérience au moment de l’inondation et dans les années qui ont suivi. La thèse propose une vision du rétablissement psychosocial basée sur une théorisation phénoménologique du chez-soi, considérant la maison comme un lieu de sécurité et de liberté essentiel à qui l’on est, une extension du corps. Parallèlement, le corps est pensé comme une demeure, un chez-soi. Si être en santé permet de se sentir chez soi dans le monde, la maladie et les événements déstabilisants – les désastres, par exemple – bouleversent cette sensation. Le rétablissement est appréhendé ici comme un processus de reconstruction du chez-soi, qui s’est traduit par différents processus de création de sens, soit le fait de documenter son expérience, de s’exprimer à ce sujet, de se comparer et de poser des actions symboliques. L'étude identifie un manque dans la recherche sur les désastres, qui se concentre souvent sur les conséquences de la perte de domicile sans aborder les processus de reconstruction du chez-soi. Le second volet de la recherche a offert aux participantes un espace pour réfléchir à leur vécu d’inondation et pour prendre du recul sur leurs émotions et leur parcours, plusieurs années après l’événement. Le processus de digital storytelling a favorisé des échanges riches entre les participantes et a contribué positivement à leur rétablissement. Cependant, bien que cette méthode ait eu des effets bénéfiques, elle présente des limites, notamment en raison des obstacles logistiques et technologiques rencontrés, ce qui diminue sa transférabilité comme approche d’intervention post-désastre. En somme, cette recherche propose une lecture féministe interdisciplinaire où le récit devient un outil clé pour comprendre la diversité des expériences vécues face aux désastres. Le croisement de la recherche narrative, de l’analyse de genre et d’une perspective critique sur les désastres permet de mieux saisir les enjeux spécifiques des femmes confrontées à des événements météorologiques extrêmes. Les résultats de l'étude soulignent l'importance de prendre en compte une diversité de vécus dans la planification des interventions en matière de gestion des inondations et autres situations de désastre.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : inondations, rétablissement, récits, conséquences psychosociales, genre, femmes, désastres, analyse narrative
| Type: |
Thèse ou essai doctoral accepté
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| Informations complémentaires: |
Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A. |
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Directeur de thèse: |
Lessard, Lily |
| Mots-clés ou Sujets: |
Inondations / Femmes victimes de catastrophes / Approche narrative / Rétablissement après catastrophe / Récits numériques |
| Unité d'appartenance: |
Instituts > Institut Santé et société (ISS) |
| Déposé par: |
Service des bibliothèques
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| Date de dépôt: |
06 janv. 2026 10:21 |
| Dernière modification: |
06 janv. 2026 10:21 |
| Adresse URL : |
http://archipel.uqam.ca/id/eprint/19458 |