Critique, résistance et agentivité : l'architecture élargie de Diller Scofidio + Renfro 1978-2017

Mariani, Alessandra (2025). « Critique, résistance et agentivité : l'architecture élargie de Diller Scofidio + Renfro 1978-2017 » Thèse. Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en histoire de l'art.

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Résumé

La présente thèse analyse la posture critique de Diller Scofidio + Renfro (DS+R) à partir d’une conception de l’architecture dans le champ élargi. Elle interroge son efficacité et son rôle dans la production des architectes sur une période de quarante ans – 1978 à 2018 – et de façon plus générale, dans la pratique architecturale contemporaine. Elle cherche à identifier les motifs d’une posture critique en architecture. Son objectif est de montrer comment se forme une posture critique, en examinant les multiples enjeux qu’elle soulève, qu’ils soient formels, spatiaux, matériels, esthétiques, sensibles, ou encore culturels, politiques, sociaux et économiques. Il s’agit de comprendre si, ultimement, la critique formulée par DS+R vise à matérialiser une expérience sensible et démocratique de l’architecture ou si elle est une façon de concevoir et de médiatiser des projets en leur attribuant une esthétique superficielle. Cette question étant intimement liée à l’environnement disciplinaire de l’architecture, une mise en contexte des discours de l’architecture, qui correspond à la période d’activité de DS+R examinée dans cette recherche, est proposée. La thèse est argumentée à partir des discours de la French Theory et plus spécifiquement, par la pensée de Deleuze et Guattari. Ces discours caractérisent de façon générale, l’univers conceptuel de la discipline architecturale de la période abordée. Ce cadre théorique qu’ils constituent permet d’étudier de quelle manière la posture critique en architecture se formule en résistance à la logique capitaliste; de quelle façon elle est étayée par des concepts philosophiques, comme l’acte de création, le pli, la dyade différence et répétition, la dyade espace-strié/espace lisse, l’espace-événement, l’analyse schizoïde et l’espace-schizoïde; comment elle intègre des emprunts à l’art contemporain, comme le ready-made, l’appropriation, les précédents et la postproduction. Ces concepts sont définis dans les quatre premiers chapitres de la thèse, en amont des analyses de projets qui constituent l’argument principal. Dans les chapitres 5 à 10, l’interprétation de sept projets permet de figurer la complexité du travail de DS+R, en suivant l’évolution de leur approche au fil du temps : d’une posture critique, vers une posture de résistance, puis vers une forme d’agentivité. À partir de ces moments de basculement et de transition, la thèse démontre comment cette transformation se matérialise dans l’espace. Ces différentes postures reposent sur une interdisciplinarité qui explore la relation axiomatique entre art contemporain et architecture, et sur une intersectionnalité qui intègre le ou les contexte(s) de chaque projet. Cette transformation actualise également certains aspects fondamentaux de l’architecture : a) l’interrelation entre l’espace architectural et le corps, que l’architecture moderne avait tendu à normaliser ; b) la relation de l’architecture à la notion de contexte, laquelle s’élargit à l’environnement physique — passant d’un contexte spatial étendu (incluant le site et ses activités) aux contextes social, culturel, politique et économique ; c) le rapport de la discipline architecturale à la théorie, qui se manifeste par une interdisciplinarité expérimentale visant des interventions plus justes dans le réel ; d) la notion de typologie architecturale ; e) l’ampleur et la portée des interventions architecturales ; f) enfin, le rôle de l’architecture qui, avec la réintégration du coefficient socio-culturel et de la logique capitaliste, est appelée à construire la perception. Chaque analyse expose la construction conceptuelle, spatiale et matérielle de la posture critique de DS+R. La performance The Rotary Notary and His Hot Plate (1987) remet en question les limites de l’architecture de l’espace euclidien. Elle illustre comment l’appropriation de l’art contemporain permet d’introduire le mouvement et la durée dans la conception architecturale. L’installation Para-Site (1989) interroge le conditionnement culturel des espaces institutionnels et architecturaux. Elle met en évidence comment l’interdépendance maintient vivant ce conditionnement. En appropriant l’esthétique de l’avant-garde historique augmentée par la technologie de surveillance et les processus derrière Splitting (1974) et Building Cuts (1977-78) de Gordon Matta-Clark, l’installation propose une subversion des modes de perception et permet de démontrer comment l’ajout de la durée et du mouvement dans la conception architecturale peut transformer l’expérience spatiale. L’installation Bad Press (1993) illustre l’instrumentalisation des discours théoriques dans l’architecture contemporaine. Une chemise blanche, considérée comme un ready-made duchampien issu de la production industrielle, est repassée et pliée de manière standardisée pour en faciliter le rangement. Elle est mise en contraste avec une série d’autres chemises blanches, toutes repassées de manière non conventionnelle et présentées dans une vitrine. Cette opposition met en lumière l’efficacité moderniste de l’instrumentalisation des discours, en illustrant comment l’interprétation d’un concept, tel que celui du pli, peut objectiver l’architecture. Le Blur Building (2002) met à l’épreuve le spectacle consumériste des expositions nationales en proposant un spectacle atmosphérique réalisé à partir d’une appropriation et d’un précédent : le pavillon Pepsi-Cola (1970) de Fujiko Nakaya et la structure tétraédrique de Bucksminster Fuller (1955). L’immersion et l’interaction spatiales dans une atmosphère de brouillard opposent une résistance momentanée à la logique de l’événement commercial. Ce projet signale le basculement d’une posture critique vers une posture de résistance. L’Eyebeam (2002) remet en question la normalisation de la typologie architecturale et l’instrumentalisation formelle des concepts, en l’occurrence, celui du pli deleuzien. À partir de Building Cuts (1977-78) de Gordon Matta-Clark et des expériences spatiales précédentes, ce projet de musée d’art contemporain du XXIe siècle, intègre dans un espace immersif et interactif pensé à partir de sa propre obsolescence, des espaces de conception, de recherche, de diffusion ainsi que tout l’appareillage technologique nécessaire à leur fonctionnement. L’Institute of Contemporary Art de Boston (2006) explore l’architecture en tant que posture de résistance située. Le mode d’occupation du Land Art permet d’analyser comment les contextes, considérés comme partie intégrante de l’oeuvre, deviennent des instigateurs de résistance. Le projet muséal montre qu’il est possible pour l’architecture de résister à la régénération urbaine liée à l’exploitation économique et capitaliste de structures culturelles sur des sites d’exception. Enfin, le dernier moment de basculement de la posture critique de DS+R est étudié en lien avec le parc Zaryadye (2017) en Russie. Le programme à l’origine de ce projet à très grande échelle visait à repositionner la ville de Moscou sur le plan mondial. L’analyse se concentre plus spécifiquement sur l’intersectionnalité établie entre les logiciels de conception paramétriques, la représentation de ceux-ci, l’actualisation du concept de champ élargi de Rosalind Krauss en architecturepaysage, et des concepts deleuzo-guattariens. Cette intersectionnalité est mise à l’oeuvre dans l’analyse afin de démontrer comment l’architecture mobilise l’agentivité des corps pour produire un renversement des systèmes de surveillance et des modes de conduite contrôlés. À partir de ces analyses de cas, la thèse dégage un certain nombre de caractéristiques qui permettent de conclure que la posture critique ou de résistance est effective en elle-même. Elle transforme l’architecture dans le temps comme l’architecture la transforme. Elle fait de l’architecture un instrument de capture de la perception. Elle amène l’architecture à intégrer des matériaux improbables, et à transformer le concept même de « bâtiment » en produisant de nouvelles typologies. Elle introduit, dans les espaces, des propriétés interactives et immersives qui augmentent les capacités des êtres humains et mobilisent leur agentivité. L’architecture peut ainsi faire d’un projet spectaculaire, une critique des conditions avec lesquelles elle doit composer et de tout ce qui la constitue. L’intégration de références en art contemporain et en architecture joue un rôle fondamental dans l’articulation de cette posture critique qui donne une forme esthétique aux projets en plus de rendre l’expérience sensible. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Diller Scofidio + Renfro, architecture contemporaine, art contemporain, théorie de l’architecture, French Theory, approche deleuzienne, champ élargi de l’architecture, posture critique, résistance, agentivité

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Fraser, Marie
Mots-clés ou Sujets: Diller Scofidio / Diller Scofidio + Renfro / Architecture contemporaine / Critique
Unité d'appartenance: Faculté des arts > Département d'histoire de l'art
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 24 nov. 2025 11:16
Dernière modification: 24 nov. 2025 11:16
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/19298

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