Facteurs de risque et de protection associés aux parcours vers l'itinérance des jeunes de minorités sexuelles et de genre

Duford, Julie (2025). « Facteurs de risque et de protection associés aux parcours vers l'itinérance des jeunes de minorités sexuelles et de genre » Thèse. Montréal (Québec), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sexologie.

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Résumé

Les jeunes de minorités sexuelles et de genre (JMSG), c’est-à-dire qui s’identifient comme lesbiennes, gais, bisexuel·les, trans, queers, bispirituel·les ou autres (LGBTQ2+), présentent un risque significativement plus élevé de se retrouver en situation d’itinérance que les jeunes cisgenres (dont le genre correspond à celui assigné à la naissance) et hétérosexuel·les. Pour expliquer ce risque accru, plusieurs recherches ont mis l’accent sur le rejet parental fondé sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Bien que ce facteur soit crucial pour comprendre les causes de l’itinérance chez les JMSG, il n’est pas le seul. En outre, centrer l’attention sur les discours de rejet risque de pathologiser les familles et d’invisibiliser les facteurs structurels également impliqués dans ces parcours. Afin d’éviter de tels biais, un cadre théorique sensible aux enjeux liés à la diversité sexuelle et de genre et incluant les facteurs structurels peut être utile. De plus, une grande majorité des recherches sur les parcours vers l’itinérance des JMSG recrutent leurs participant·es au sein des ressources d’aide et traitent ces jeunes comme un groupe homogène. Bien que ces pratiques facilitent le recrutement et l’analyse, elles occultent le vécu des JMSG qui se retrouvent en situation d’itinérance sans recourir à ces ressources, ainsi que les variations d’expériences qui peuvent exister au sein de ce groupe. Pour remédier à ces lacunes, il est nécessaire de concevoir des stratégies de recrutement alternatives aux sites des ressources d’aide et d’adopter une approche intersectionnelle. Ancrée dans les théories du stress des minorités et de l’intersectionnalité, cette thèse doctorale visait à documenter les facteurs de risque et de protection associés aux parcours vers l’itinérance des JMSG. Trois objectifs principaux ont guidé cette recherche. Le premier consistait à examiner le rôle médiateur de la polyvictimisation et de la détresse psychologique, ainsi que celui modérateur de la résilience dans la relation entre le statut de minorité sexuelle et la fugue. Le deuxième objectif visait à explorer les variations dans le vécu d’instabilité résidentielle chez les jeunes LGBTQ2+. Enfin, le troisième objectif consistait à recenser et analyser les données qualitatives publiées sur les facteurs de risque et de protection spécifiques aux parcours vers l’itinérance des JMSG. Pour atteindre ces objectifs, un devis de recherche mixte convergent a été employé, intégrant des stratégies d’échantillonnage diversifiées et des méthodes d’analyse variées. Ce cadre méthodologique a permis de réaliser trois études distinctes, chacune répondant à l’un des objectifs de la thèse. Ces études, rédigées sous forme d’articles scientifiques, constituent les fondements de cette thèse doctorale. Dans la première étude, une médiation sérielle modérée a été réalisée sur un échantillon probabiliste de 7731 élèves de 3e, 4e et 5e secondaires du Québec pour examiner le rôle de la polyvictimisation, de la détresse psychologique et de la résilience dans la relation entre le statut de minorité sexuelle et la fugue du domicile. Les résultats soutiennent que les jeunes de minorités sexuelles sont plus susceptibles de fuguer que les jeunes hétérosexuel·les en raison d’expérience plus élevée de polyvictimisation et de détresse psychologique. Toutefois, la résilience peut atténuer leurs effets et diminuer le risque de fugues. Le 2e article a adopté une approche intersectionnelle quantitative pour explorer les variations dans le vécu d’instabilité résidentielle auprès d’un échantillon pancanadien en ligne de 2266 JMSG de 15 à 29 ans. Des modèles de régression logistique ont été réalisés pour examiner la relation entre les croisements du groupe racial avec l’identité de genre ou l’orientation sexuelle et l’instabilité résidentielle. Les résultats ont révélé que les positions minorisées sur les axes du sexisme, du cissexisme, du monosexisme, du binarisme de genre et du racisme/colonialisme étaient davantage associées à un vécu d’instabilité résidentielle. Ainsi, les jeunes trans autochtones et les jeunes pansexuel·les autochtones étaient les plus susceptibles d’avoir vécu de l’instabilité résidentielle, alors que les hommes cisgenres blancs et les jeunes monosexuel·les blanc·hes l’étaient le moins. Aucun effet d’interaction multiplicative et additive n’a été observé lors de combinaisons d’un groupe racial avec une identité de genre ou une orientation sexuelle, suggérant que les impacts individuels de ces positions sociales sur le vécu d’instabilité résidentielle ont tendance à se cumuler sans toutefois se modifier mutuellement. Quant au 3e article, une métasynthèse a été menée sur un échantillon de 19 études qualitatives pour mieux comprendre comment les facteurs de risque et de protection associés aux parcours vers l’itinérance sont vécus par les JMSG. Les résultats ont révélé un processus cumulatif de vulnérabilités regroupé en quatre catégories de facteurs interdépendants : 1) l’invisibilisation des diversités sexuelles et de genre ; 2) les expériences cishétérosexistes, notamment dans les contextes familial, scolaire et des services d’aide ; 3) les impacts délétères sur les plans identitaire, relationnel et émotionnel ; et 4) les vulnérabilités non reconnues par le personnel d’intervention. Pour contrer ce processus, plusieurs facteurs de résilience ont été identifiés, provenant notamment de ressources internes comme les stratégies d’évitement, de dissimulation et d’affrontement, ainsi que de ressources externes, tels que l’accès à des environnements sécuritaires, à des communautés LGBTQ+ et du soutien approprié. Cependant, la résilience interne place souvent les JMSG dans une impasse où les stratégies adoptées pour assurer leur protection les exposent paradoxalement à des risques accrus, tandis que les ressources de résilience externes, bien que bénéfiques, demeurent insuffisantes pour répondre pleinement à leurs besoins. Par conséquent, les JMSG peuvent peiner à surmonter ce processus cumulatif de vulnérabilités, ce qui ne fait qu’aggraver leur situation et les conduire vers l’itinérance. Ces constats ont pu mettre en lumière la complexité des parcours vers l’itinérance des JMSG. Ils soulignent non seulement l’importance de prendre en considération les facteurs de risque et de protection associés à ces parcours, mais également d’examiner les mécanismes qui les sous-tendent. Les résultats ont en outre permis de mieux comprendre comment les JMSG naviguent entre ces facteurs et comment les contraintes structurelles – telles que le manque d’accès à du soutien adapté à leurs besoins spécifiques – limitent leur résilience, et par conséquent, leur capacité à éviter un parcours vers l’itinérance. Dans ce contexte, il convient de reconnaître que les parcours d’itinérance ne se résument pas à une situation ponctuelle, par exemple, un rejet parental motivé par la désapprobation de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, mais qu’elle résulte plutôt de processus d’exclusion et de marginalisation à long terme, contre lesquels il est possible d’agir par le biais de mesures de prévention et de dispositifs d’accompagnement adaptés aux besoins spécifiques des JMSG. En sommes, cette thèse représente une contribution significative dans l’étude des parcours vers l’itinérance des JMSG et à la promotion de leur bien-être ainsi que de leur stabilité résidentielle. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : jeunes de minorité sexuelle et de genre, itinérance, fugue, cishétérosexisme, résilience

Type: Thèse ou essai doctoral accepté
Informations complémentaires: Fichier numérique reçu et enrichi en format PDF/A.
Directeur de thèse: Blais, Martin
Mots-clés ou Sujets: Jeunes de minorités sexuelles / Itinérance / Facteurs de risque / Facteurs de protection / Fugue / Résilience
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de sexologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 24 nov. 2025 09:57
Dernière modification: 24 nov. 2025 09:57
Adresse URL : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/19297

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