Douville Vigeant, Francis
(2025).
« Du concept de temps dans la sociologie de George Herbert Mead » Thèse.
Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en sociologie.
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Résumé
Cette thèse doctorale examine le concept de temps tel que développé dans l’oeuvre de George Herbert Mead (1863-1931). D’ordinaire, les principaux héritages de Mead en sociologie sont attribués à ses réflexions sur le développement du self et pour être l’influence originelle du courant de l’interactionnisme symbolique auquel il est associé de manière posthume. L’argument défendu dans cette dissertation, qui rallie à la fois la grande acuité avec laquelle Mead s’est permis de réfléchir l’organisation fondamentale du monde et le désir de comprendre le développement de la civilisation occidentale à partir de ses fondements, présente la pensée de Mead comme une des plus importantes contributions systématiques à la compréhension du phénomène humain élaborée au siècle dernier. La pierre d’assise de ce travail d’interprétation réside dans les réflexions de Mead qui portent sur le concept de temps. L’approche herméneutique, que nous employons tout au long de ce travail, nous permet de revisiter l’oeuvre de Mead à l’aune de ses écrits qui s’intéressent au concept de temps que l’on retrouve majoritairement dans The Philosophy of the Present. Ces conférences, qu’il a données à Berkeley en décembre 1930 quelque temps avant sa mort, représentent le matériau principal pour l’analyse du traitement qu’il fait du concept de temps. Dans ses conférences, Mead tente de réfléchir aux implications de la théorie de la relativité qu’Albert Einstein a formalisée au début du XXe siècle. L’interprétation meadienne de la théorie d’Einstein l’amène à voir dans le tissu de l’univers une socialité qui serait fondamentale. L’idée révolutionnaire que l’espace et le temps se lient dans un continuum indissociable, l’espace-temps, constitue le nouveau cadre universel dans lequel les phénomènes physiques se déroulent et contient pour Mead un sens plus profond qui sous-tend que les phénomènes cosmiques et naturels ne peuvent être saisis qu’en fonction de ces interactions fondamentales. En postulant que la réalité existerait dans un présent et que le présent serait de nature sociale, Mead déploie une compréhension systématique du rapport au monde. Nous développons l’idée que la pensée cosmologique de Mead prend son point de départ dans les réflexions initiées dans les sciences physiques sur la constitution de l’espace-temps, se développe à partir des interactions immédiates entre les organismes, se consolide dans les relations médiées des individus et s’ouvre enfin sur les actions réflexives entreprises par les organisations complexes modernes telles que les démocraties. Véritable somme, la pensée sociale de Mead serait davantage tributaire de ces réflexions fondamentales sur le cosmos, des attentions portées à l’évolutionnisme de Darwin et à la dialectique hégélienne qu’en témoigne la postérité. L’orientation que nous proposons dans cette thèse prend au sérieux la question du temps chez Mead et ramène au premier plan le caractère multidisciplinaire des recherches sur la société humaine qu’a proposées Mead.
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MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : George Herbert Mead, temps, temporalité, pragmatisme, self, théorie sociale, science